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Musée Masséna, Dominique Boy-Mottard

Jouer au touriste dans sa propre ville quand de surcroît on en est l’élue a un petit côté pirandellien, je vous le concède.

Mais il n’était pas question de manquer l’événement culturel niçois de l’année, même si j’étais très occupée depuis la mi-juin (et je ne parle pas seulement de mes lointaines vacances en août).

C’est donc avec curiosité et une certaine excitation que nous nous sommes lancés avec Patrick dans la visite de deux des treize sites (pour quatorze expositions) prévus pour cette « Promenade(S) des Anglais ».

Musée Masséna

Fresque d'Olivier MongeL’expo proposée s’intitule La Promenade ou l’invention d’une ville. Il s’agit de comprendre l’aventure urbaine que représente la Prom’ grâce à de très nombreux documents et une impressionnante fresque de 66 mètres du photographe Olivier Monge. Cette interminable et fidèle représentation de la chaussée nord n’est pas une révélation (en principe, on connaît…), mais pourtant elle agit comme un révélateur.

Elle nous permet d’accéder directement au foisonnement parfois ordonné parfois flamboyant des trésors architecturaux de la Prom’, là où notre vision de « tous les jours » a tendance à banaliser le lieu en s’écorchant sur quelques incongruités fort laides.

La deuxième révélation m’a fait me souvenir d’un propos tenu par Patrick après avoir écrit Baie des songes : sans l’avoir prémédité, il s’était rendu compte que la plupart de ses nouvelles niçoises avaient pour cadre le périmètre de la Promenade des Anglais. Et en effet, la Prom’ n’est pas à la marge de la ville, elle en est le cœur et la raison d’être : la matrice d’une ville ouverte au monde.

Musée International d’Art Naïf Anatole Jakovsky

Musée d'art naïfL’exubérance joyeuse de l’art naïf va bien à la Prom’ (à l’exception de quelques ex-voto de Laghet relatant des accidents du genre calèches tombées à l’eau et autres joyeusetés dont les victimes sont sorties indemnes grâce à la Madone). Intitulée La promenade, tout simplement…, l’expo est agréable et légère comme un jour d’été à l’ombre des vérandas, à l’instar de cette galerie de grands personnages de Frédéric Lanovski – des vacanciers se promenant – en fibre de verre qui semblent tout droit sortis d’un film en Super 8 des années 60.

Le plus beau compliment qu’on puisse faire au final à ces deux expositions, c’est qu’elles donnent forcément envie de voir les douze autres.

devant le Saint-Laurent

Charmante ville pour terminer un séjour que celle de la capitale historique du Canada français. Une ville presque européenne avec ses «vrais» bâtiments anciens (ce n’est pas toujours le cas en Amérique du Nord), son imposant Frontenac finalement pas si kitsch que ça, son fleuve encore très large qu’elle domine (Vieux Québec) tout en faisant corps avec lui (Vieux port), son calme malgré la présence de quelques touristes au demeurant assez sages.

Deux soirées ont suffit pour que nous nous y sentions chez nous et qui expliquent la difficulté de la quitter en même temps que ce grand et beau pays.

Une dernière promenade au bord du Saint-Laurent enveloppés par les notes mélancoliques d’un saxo. Le ciel est gris, les feuilles des grands arbres commencent à jaunir. Je me dis qu’il y a pire endroit où rentrer qu’une ville comme Nice. Mais je ne suis pas sûre que cela suffise…

ruelle vieux québecplaceguitaristeFrontenacenfantsChateau Bellevuechanteur de ruebord du st laurentfeuilles jaunes

Lever de soleil sur le St Laurent

Le Saint-Laurent à La Malbaie

Après une dernière nuit passée au Labrador, du côté de Labrador city, nous avons retrouvé le Québec. La redoutable route 389 nous a conduits à la plutôt paisible petite ville de Baie-Comeau où nous avons retrouvé le Saint-Laurent. Nous l’avons quittée avant-hier pour rejoindre La Malbaie.

En chemin, nous devions passer par Tadoussac, célèbre pour l’observation des baleines là où la rivière Saguenay se jette dans le Saint-Laurent. Nous avions, dans un passé assez lointain, séjourné dans ce village. J’aurais été déçue de le trouver si changé, avec ses nombreux touristes (encore qu’il convienne de relativiser : nous n’étions pas ces dernières semaines dans des lieux très fréquentés et le contraste a pu s’en trouver accentué…), sans la présence dans la belle baie des blanches bélugas. Les cétacés nous auront plus gâtés durant ce voyage que les cervidés (pour l’instant, seulement deux caribous et deux orignaux).

Nous avions pris rendez-vous avec des amis cannois également en voyage au Canada et au jour prévu, nous étions tous à La Malbaie où nous avons partagé des moments très conviviaux, avec, en prime un incroyable lever de soleil sur le grand fleuve : c’est la seule fois du voyage où nous avons vu un soleil rouge.

Peu après être partis pour la ville de Québec, nous sommes passés au hameau du Cap-aux-Oies qui est l’endroit précis où le fleuve Saint-Laurent devient mer du fait de son taux de salinité. Sur une petite plage loin de tout, quelques familles se sont installées. Alors que nous rejoignions la route, nous avons fait la rencontre d’un personnage attachant, très enthousiaste, qui a reproduit en miniature plusieurs bâtiments du coin, dont sa propre maison, et les a exposés dans son jardin. En plus, il a mis sa passion au profit d’une bonne cause.

Nous pensions arriver à Québec assez tôt, mais c’était sans compter sur les hasards de la route. Alors qu’il ne nous restait plus qu’une trentaine de kilomètres pour entrer dans la ville historique, nous sommes tombés sur un petit rassemblement festif de type associatif : quelques stands, des musiciens faisant danser sur I can’t get no des personnes d’un âge respectable, et surtout une chorale ou plutôt un ensemble vocal régional, Arc-en-sons, dont le plaisir à chanter était si évident qu’on ne pouvait que l’écouter. Il s’agissait de la « Grande Fête » annuelle de la Côte-de-Beaupré à Sainte-Anne. Un joli moment.

Douce soirée à Québec, où nous avons profité d’un temps exceptionnellement beau. On nous annonce des orages pour demain…

route 389Relais Gabriel-route 389St Laurent-Saguenaybelugas à TadoussacArc-en-sonsManoir Richelieu, La MalbaieCap-aux-OiesMaison miniature d'Yves PerronQuébec, le Saint-laurent

Reflet

Voilà trois jours que nous sommes au Labrador.

En quittant Terre Neuve pour cette partie de la Province, j’avais le sentiment de rejoindre une île plutôt que de retrouver le continent tant les conditions pour y accéder ne sont pas simples.

Notre retour vers Montréal va se faire par la route Trans-Québec-Labrador, plus communément appelée la Translabradorienne. Nous l’avons empruntée à son début – L’Anse au Clair – près de Blanc-Sablon où nous avons accosté. La Translabradorienne est la succession de trois routes : la Hwy 510, la Hwy 500 (toutes les deux entièrement au Labrador) et la route 389 au Québec.

La Hwy 510, dans sa configuration actuelle, n’existe pas depuis bien longtemps. Il y a peu, il était encore impossible de rejoindre le Québec par la route sauf à embarquer sur un bateau à Cartwright sur la côte est pour aller jusqu’à Happy Valley-Goose Bay, la «grande ville» du Centre, en passant par le long lac Melville.

Cette ville, nous y sommes arrivés hier soir après 400 kilomètres de route dont seuls les tout derniers étaient asphaltés.

Nous avons passé de très belles journées à Terre Neuve au sein de paysages magnifiques. Là, nous sommes dans un autre monde : on est submergé par tant d’immensité et de beauté. J’aurais l’occasion plus tard de vous dire le choc qu’a été cette entrée au Labrador.

Pour l’heure, je vais me contenter de faire dans l’anecdotique, histoire de vous associer aux petites choses qui ont rythmé notre journée sur la Hwy 510.

Quand on roule sans rencontrer un village, une simple maison, un poste à essence (ceux qui le connaissent bien ne vont pas le croire, mais mon compagnon a fait l’acquisition dans une station service d’un bidon de 10 litres qu’il a rempli de «regular» pour parer à toute éventualité !), un endroit où boire un café, on est à la recherche du moindre signe venant rompre l’ordinaire. Et celui-ci devient du coup un vrai événement.

Ainsi, quand vous apercevez au loin un panneau, vous spéculez sur ce qu’il va vous révéler : la distance qui reste à parcourir pour arriver à destination, la limitation – bien inutile sur une voie non asphaltée recouverte de gravier – de la vitesse, le nom de la rivière qui coule sous le pont que vous allez franchir, ou toute autre information déterminante…

Vous apprenez à identifier quel véhicule vous allez croiser en voyant à l’horizon la poussière qu’il soulève : quand il y en a beaucoup, c’est un camion, un peu moins et c’est un gros 4×4. Une unique lumière et c’est une moto (très rare sur la 510). Et quelle que soit la supputation, vous décidez de ralentir voire de carrément vous arrêter : le passage du camion qui arrive à toute vitesse (ils sont prioritaires) peut être fatal à votre pare-brise.

Conduire sur ce type de route se révèle assez fatigant donc nous organisons des relais assez brefs que nous effectuons façon 24 heures du Mans (on se la joue un peu quand même !)

Ce qui est sympa, en règle générale, c’est de pouvoir s’arrêter sans gêner quiconque dès que notre regard se pose sur un paysage que l’on veut graver sur la pellicule. Sauf que là, nous avons été confrontés à des attaques sournoises de bestioles toutes aussi redoutables les unes que les autres, notamment les tristement fameuses mouches noires dont j’espérais que la légende avait exagéré la nocivité. Il s’agit de petites mouches (on pourrait les confondre avec de gros moucherons) qui vous piquent comme des moustiques (j’ai appris depuis qu’en fait elles mordent) mais avec des effets encore plus dérangeants : je sais de quoi je parle, j’en ai été la victime à quatre reprises. À chaque fois que nous voulions nous arrêter, elles arrivaient en escadron. Nous avons fini par prendre les photos de l’intérieur de la voiture et, vu la propreté des vitres, ça n’a pas toujours été une réussite. Il ne faudra donc pas m’en vouloir si la qualité des clichés n’est pas au rendez-vous. Depuis, j’ai suivi les conseils de mon ami Patrick : j’ai acheté un filet anti-insectes qui me couvre de la tête aux cuisses. Ne rigolez pas : la population locale l’utilise également.

Ce qui peut aussi vous arriver – et ce fut le cas sur la Hwy 510 – c’est d’être freiné dans votre avancée par des travaux. Il y a peu de temps, dans ces pays où l’hiver arrive vite, pour réaliser les réparations rendues nécessaires par les rigueurs du climat : donc l’été est le moment privilégié pour ça, au grand dam des pauvres touristes que nous sommes. Alors que nous avions hâte de rejoindre notre ville étape de la nuit, la fin de notre périple fut agrémentée de longues périodes d’arrêt pour laisser manoeuvrer de gros engins de chantier faisant leur possible pour combler les trous les plus dangereux.

Racontés ainsi, ces petits événements pourraient donner à penser que notre journée avait viré au cauchemar. Pourtant, le soir au dîner, dans notre hôtel du bout du monde de Happy Valley-Goose Bay, ils ne furent même pas évoqués. Nous avions vu tant d’autres choses…

CôteBidon d'essenceEtangFleuveFilet anti-insectesLacpoussière au loinpêcheursTravaux sur la Hwy 510

Dominique Boy-Mottard, pont suspendu

Terre Neuve ne cesse de me surprendre par la variété de ses paysages. Pourtant, si l’on se contentait d’une description sommaire, on pourrait donner l’impression d’une certaine uniformité source de monotonie : des forêts et de l’eau un peu partout.

Sauf que les forêts ne sont pas toujours les mêmes, denses et sombres, ou plus aérées et tendres, et que l’eau, parfois vive, parfois stagnante, parfois douce, parfois de mer, offre des spectacles sans cesse renouvelés. Sans compter la variation constante de la couleur du ciel. Sans compter les nombreuses fleurs qui s’y épanouissent.

Cette richesse, on en trouve la quintessence dans le Parc National de Gros Morne.

Plus que partout ailleurs, on y est en contact permanent avec l’eau. Le parc est bordé à l’ouest par le golfe du Saint-Laurent. La côte plonge ses falaises abruptes dans la mer où apparaissent, surtout à marée basse, de nombreux rochers ou de grosses pierres. Le golfe s’insère dans les terres en deux bras bordés de forêts, avec des isthmes, des îles, des presqu’îles… Et comme il y a en plus de nombreux et immenses lacs, des fleuves, des rivières, des cascades, des étangs, on finit par ne plus trop savoir à quoi on a affaire. Personnellement, au bout d’un certain temps, j’ai décidé de ne plus chercher à comprendre si ce que je voyais était la mer ou non, l’eau salée étant séparée parfois de l’eau douce par une étroite langue de terre. J’ai ainsi pu profiter pleinement de ma découverte.

Même si le site est grandiose, il reste à dimension humaine. Peut-être est-ce dû au fait qu’on peut accéder assez aisément à son intimité grâce à de petites promenades. On ne reste pas extérieur : et moins de mystère ne nuit pas forcément à l’enchantement.

C’est ainsi que nous avons pénétré tour à tour des forêts noires et tourmentées ou aimables et tapissées de baies et de fougères, sillonné des tourbières qui prenaient des couleurs inquiétantes sous un ciel d’orage, traversé un torrent sur un pont suspendu, suivi la crête des falaises où l’on pouvait observer la succession des périodes géologiques comme dans un livre ouvert, sautillé d’un rocher sur l’autre dans une crique à marée basse…

Une originalité particulièrement remarquable : les Tablelands, des monts arides de roches ocre rouge, témoignant de la tectonique des plaques, raison qui est à l’origine du classement du site par l’UNESCO. Mais même là, de nombreux ruisseaux dévalent des hauteurs, ce qui nous a permis de croiser à nouveau le chemin de l’emblème floral de Terre Neuve, la carnivore sarracenia purpurea.

TourbièresTourbières 2Tablelands 2Tablelands 1Sentier de SteveRivièreMer 1Gorges de l'étang de Western BrookForêt 2Forêt 1Falaises 1Etang de Western Brook

sarracénie pourpre 2

Je me demandais quelle était cette mystérieuse plante dans le parc national du Gros-Morne (nous sommes à nouveau à Terre Neuve). Grâce à l’encyclopédique Henri Cottalorda, j’ai appris, à ma grande confusion, qu’il s’agissait de l’emblème floral de Terre Neuve (sarracenia purpurea pour Delphine), une plante carnivore !

Autant dire une alliée dans la lutte effrénée que je mène contre les insectes de tous poils et de tout dard qui ne m’épargnent guère tout en laissant tranquille comme Baptiste mon compagnon, du coup bien peu compatissant.

sarracénie pourpre 3sarracénie pourpre 4Sarracénie pourpre 1

ile aux Marins, Dominique

De Saint-Pierre et Miquelon, au-delà des délicieux moments passés avec Serge, notre hôte niçois, je garderai en priorité le souvenir de notre escapade à l’île aux Marins.

Située à quelques encablures de Saint-Pierre, cette île battue par les vents, nimbée de brume, nous a accueillis, seuls, pendant près de deux heures, le petit bateau nous ayant déposés étant venu nous récupérer à une heure fixée à l’avance.

Ce fut, sous une pluie battante, l’exploration d’un monde qui a été et qui n’est plus. Le village, actif du temps de la prospérité de la pêche, est en effet devenu un village fantôme autour de son église et de son école désaffectées.

Et que dire de ses côtes déchirées, des fleurs sauvages s’inclinant sous les rafales de vent et de ce lugubre chemin de croix qui, à chaque station, rappelle le souvenir d’un habitant de l’île mort à la guerre ?

Glacée, trempée, fourbue, j’ai eu le sentiment d’avoir vécu une parenthèse hors du temps entre roman gothique et Hauts de Hurlevent…

Serge et DominiqueDominique, ile aux marinsile aux marins, villageile aux marins, fleursile aux marins, églisemaison, ile aux marinsile aux Marins, côteChemin de croixPatrick, ile aux marins

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