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Comme chaque année, le maire de La Trinité, Ladislas Polski, a organisé ce mardi son traditionnel Forum de la Laïcité et de l’Idéal Républicain. Une édition spéciale pour célébrer le 120e anniversaire de la loi de 1905. Un Forum inoubliable.

Tout a commencé dans le jardin de la Médiathèque où nous avons planté un olivier en hommage à Ilan Halimi, comme nous l’avions fait quelques mois plus tôt à Nice. Une façon d’affirmer la solidarité de La Trinité au souvenir de ce jeune homme juif torturé parce que juif par le gang des Barbares comme l’a rappelé, aux côtés du maire, Fabrice Ettorre, le Président de la LICRA Nice Côte d’Azur, lors d’une prise de parole remarquée. Une forme de résilience face aux arrachages réguliers de ces arbres-témoins partout en France.

Le public s’est ensuite réuni à l’intérieur (on aura bien besoin lors des prochaines éditions du Forum de La Stella, nouvelle salle culturelle de la ville bientôt terminée tant il y avait de monde).

La comédienne Virginie Ledoyen fut la première des invitées à prendre la parole. Elle l’a fait avec une lecture du livre d’Émilie Frèche « Le professeur », consacré aux derniers jours qui ont précédé la décapitation de Samuel Paty. Un témoignage implacable qui démontre que si le professeur a été une victime de l’islamisme, il le fut tout autant de la lâcheté de ses collègues et à la philosophie du « pas de vagues » de l’Éducation Nationale.

Puis ce fut, en présence du préfet des Alpes-Maritimes, le débat croisé entre Émilie Frèche et Natacha Polony (dont le journal Marianne fut le seul, avec L’Express, à publier les caricatures de Charlie Hebdo). Un débat riche et utile, lors duquel Natacha fit preuve d’une grande pédagogie, s’est ensuite poursuivi avec la salle. On en retire au moins une certitude : en effet, l’assistance nombreuse et mobilisée de la Médiathèque de La Trinité, ville de 10 000 habitants, démontre qu’il existe en France tout un peuple qui veut défendre ses valeurs républicaines et – j’ai apprécié la formule – le « droit d’être différent de sa différence communautaire ».

Bravo à l’équipe municipale pour avoir organisé cette belle rencontre tellement utile face au travail de démolition des partis extrêmes et à la lâcheté de tant d’autres.

Contrairement à ce que d’aucuns peuvent penser, nous sommes loin de prendre des risques inconsidérés en allant en Ukraine dans des villes du sud-ouest du pays. En choisissant Lviv cette année, nous voulions retrouver une ville que nous avions connue en d’autres temps, la dernière fois en 2010 (voir mon billet « Soir d’été… à Lviv« ).

Ce n’est pas vraiment pour faire du tourisme que nous sommes là, encore que la ville le mérite largement avec sa grande richesse architecturale, fruit des différentes influences (notamment polonaises et autrichiennes) des siècles passés. De nombreux monuments ou bâtiments sont d’ailleurs protégés des risques de dégradation que leur fait encourir la guerre (nous nous étions naïvement étonnés de ce que nous pensions être des travaux de rénovation et d’entretien avant d’être détrompés !)

Là encore, comme nous l’avions constaté précédemment lors de notre première visite en Ukraine (depuis le début de l’agression russe) en 2022 à Tchernivsti (voir mon billet « Le café de la rue Kobylyanskoi à Tchernivsti« ), les signes de la guerre ne sont pas flagrants au tout premier abord, si ce n’est la faible présence des jeunes hommes et celle de jeunes femmes sortant en groupe souvent avec les enfants. Mais il n’est pas besoin de pousser beaucoup plus loin pour se rendre compte que la guerre impacte fortement la vie des habitants. Que, même à l’arrière, ses effets se font sentir.

  • C’est un peu partout, à un coin de rue, sur une place, dans un café, dans les églises, que l’on trouve des affiches en hommage aux soldats de la région disparus. Ou des listes de noms. Les passants s’arrêtent régulièrement devant les panneaux pour les lire. Les dernières que j’ai vues, sur la place du Marché, honoraient des victimes mortes, pour certaines, depuis 4 ou 5 jours.
  • C’est ainsi qu’il existe un couvre-feu à partir de minuit et que les serveurs des derniers établissements ouverts pressent leurs clients de régler l’addition avant qu’ils ne partent en pressant le pas.
  • C’est encore ainsi que tous les matins à 9 heures, il y a une minute de silence dans toute la ville. Un haut-parleur annonce qu’elle va commencer et toute la vie s’arrête où qu’on soit : les voitures cessent d’avancer, les piétons de marcher, ceux qui sont assis se lèvent, pendant que le haut-parleur – c’est le seul bruit que l’on entend – égraine les secondes durant lesquelles chacun se recueille.
  • C’est aussi parce qu’on voit régulièrement des corbillards suivis par un cortège de véhicules de militaires et qu’à leur passage, tout le monde s’arrête, se tait, parfois pose un genou à terre ou se signe.

Le premier que nous avons vu arrivait au cimetière du Champ de Mars (voir notre billet d’avant-hier sur le blog de Patrick) alors que nous étions à proximité et il était impressionnant. Nous avons assisté à la cérémonie qui avait lieu à l’entrée du cimetière où le cercueil fut déposé par des frères d’armes du défunt devant les centaines de tombes pavoisées de drapeaux jaunes et bleus. Discours religieux, musique d’un orchestre militaire, soldats au garde à vous autour du cercueil. L’émotion était grande chez tous ceux qui étaient là, main sur le coeur ou genou à terre. Devant moi, un soldat en civil, reconnaissable à sa coupe de cheveux, un grand costaud, essuie discrètement une larme. Un des militaires se dirige alors vers les membres de la famille et ramène avec lui deux très jeunes fillettes. Le drapeau qui recouvrait le cercueil est replié et donné aux enfants désormais orphelines. Un dernier salut avec des tirs de fusil ponctue la cérémonie.

Alors oui, les habitants de Lviv paraissent vivre normalement. Ils sont si pudiques qu’ils en arriveraient à nous faire oublier que la guerre est aussi leur quotidien. Et pourtant…

Nous avons pu le constater avec la charmante Olena qui nous a servi de guide amical pendant ces quelques journées et grâce à qui nous avons pu comprendre beaucoup de choses. Que rien n’est simple dans cette guerre provoquée par la Russie de Poutine, qu’on peut avoir envie que ça s’arrête parce que son coût humain est trop élevé, mais qu’en même temps une telle issue comporte tellement d’incertitudes… En attendant on vit, on travaille, on crée, on s’habille avec élégance, on se marie, on va écouter un concert. Avec Olena, nous étions le matin du 15 août au cimetière et en soirée à un spectacle donné par une chorale dont les chansons populaires étaient reprises en choeur par le nombreux public. La juxtaposition des deux ne pouvait laisser indifférent.

Ce comportement de toute une population à laquelle rien n’est caché des malheurs de la guerre force l’admiration.

La nuit dernière Trump a de nouveau rencontré Poutine, en Alaska cette fois. Encore pour rien. Ils avaient l’air contents d’eux-mêmes. Pendant ce temps que fait l’Europe ? Amertume.

Lorsque nous sommes partis de Szczecin, nous avons plus ou moins longé la mer Baltique en progressant vers l’Est. Le temps de faire connaissance avec ses plages fraîches qui se rapprochent plus de celles de l’Atlantique que de la Méditerranée. Des plages parfois préservées (comme celle atteinte après deux kilomètres de marche où Patrick n’a pu s’empêcher de tremper ses pieds), parfois bondées, où la principale activité n’est pas – et pour cause – le bronzage (si tant est qu’on puisse considérer comme telle l’exposition prolongée au soleil !), mais plutôt la déambulation dans des sortes de pataugeoires géantes (on ne peut pas trop s’éloigner au large et au bord l’eau n’est pas profonde) et les jeux de mer à grand renfort de ballons, d’animaux gonflables de toute nature et bien sûr de châteaux de sable tant la finesse de ce dernier permet des réalisations qui, sans être toujours de grandes réussites, font le bonheur des plus jeunes. Ce genre d’endroit m’émeut toujours par ce qu’il révèle de plaisirs simples qui nous renvoient à l’enfance.

Deux jours de Baltique pour arriver dans la grande ville du nord de la Pologne et là j’ai eu un coup de coeur. Un coup de coeur que je n’attendais pas.

J’avais gardé de Gdansk le seul souvenir de ce qui m’avait intéressée lors d’un premier voyage effectué juste après la chute du Mur. La ville avait été à l’avant-garde de ce qui allait être l’un des événements majeurs de cette fin de siècle. Gdansk, c’était la grève des chantiers navals dès 1980, la création de Solidarność, un syndicat indépendant, et Lech Wałęsa. La Pologne allait, avec ce mouvement, devenir le premier pays à se libérer du joug du communisme à la sauce soviétique qui avait étendu sa chape de plomb sur l’Europe de l’Est à la fin de la 2e guerre mondiale et les accords de Yalta et de Potsdam en 1945.

Nous avions cet été-là – c’était en 1990 – fait le tour des différents pays de l’Est enfin indépendants. Pas question d’oublier la Pologne. Je suppose qu’alors, à Gdansk, rien d’autre ne m’intéressait.

En y retournant il y a quelques jours, il m’importait de voir ce qu’était devenue cette page d’histoire. Si Solidarność a connu quelques vicissitudes depuis, d’ailleurs dénoncées par son plus célèbre fondateur, la ville a tout de même érigé un Centre mémoriel remarquable, le musée du mouvement Solidarność permettant de vivre, presque au jour le jour, cette époque. Ce Centre européen est très fréquenté par les Polonais de Gdansk ou d’ailleurs. Ce passé récent, même s’il n’a pas été vécu par les plus jeunes, semble être encore très présent dans les esprits.

Au-delà, j’ai (re)découvert la ville qui n’avait été pour moi qu’une belle méconnue. Magnifiquement rénovée, elle nous révèle un patrimoine architectural d’une grande richesse et manifestement des efforts importants se sont portés sur les constructions nouvelles afin de ne pas rompre l’harmonie de l’ensemble. Et c’est une réussite. Nombreux sont les passants et promeneurs qui l’animent. Il faut dire que nous sommes tombés sur la Foire de la Saint-Dominique qui battait son plein, comme chaque année, de la fin juillet à la mi-août, avec de multiples événements culturels, artisanaux et commerciaux.

Gdansk ne sera plus seulement pour moi la ville des chantiers navals et de Solidarność (même si elle le restera). Ce sera aussi le charme de ses bâtiments sur les berges de ses rivières et canaux qui leur apportent de la magie en accueillant leur reflet.

Je l’ai quittée à regret pour rejoindre plus au sud Lublin, intéressante petite ville étape, pour continuer vers l’Est. Parfaite transition avant de rejoindre le but ultime de notre voyage car, comme nous avions pu le constater il y a deux ans à Rzeszow, une autre cité proche de la frontière (voir mon billet du 24 août 2023, « Aux marges de l’Ukraine« ), elle accueille de nombreux réfugiés ukrainiens (femmes et enfants pour l’essentiel). L’atmosphère n’est pas festive mais elle nous paraît assez sereine. Lublin aime manifestement ses voisins si l’on en croit l’espèce de Facetime géant (pas de son, seulement l’image) avec Vilnius, la capitale de la Lituanie, où de chaque côté du réseau, les habitants respectifs des deux villes se saluent à grand renfort de gestes amicaux, à chaque fois qu’ils passent devant le cercle qui trône au coeur du centre ville. Nous avons bien sûr joué le jeu avec grand plaisir.

Maintenant nous sommes arrivés en Ukraine, pour un troisième séjour depuis la guerre, dans une cité qui nous est chère : Lviv. À bientôt.

PLAGES DE LA BALTIQUE

GDANSK, LA VILLE

CENTRE DE LA SOLIDARITÉ EUROPÉENNE DE GDANSK

LUBLIN

C’est beau une ville la nuit. C’est parfois une évidence, ainsi quand elle est belle le jour (encore qu’elle ne le soit pas forcément de la même manière). Mais celle qui n’a pas cette chance-là peut nous bluffer dès que la nuit tombe.

Les voyages nous donnent l’opportunité de partager quelques jours ou simplement quelques heures avec les unes et les autres.

Pour être honnête, jusqu’à ce que Patrick me propose de nous y arrêter, je n’avais guère entendu parler d’Erfurt, la discrète capitale du land de Thuringe. Après avoir glané quelques renseignements dans nos guides de voyage, j’ai trouvé l’idée intéressante. Je ne prenais pas grand risque : ville étape sur notre itinéraire, nous n’allions y passer qu’une nuit. Eh bien, nous aurions eu tort de nous en priver. Cette petite ville de l’ex RDA, au passé riche et parfois tragique, a beaucoup de charme de jour comme de nuit. En voyant ses habitants assis aux terrasses des cafés et restaurants, ou simplement déambuler en s’amusant, je ne peux m’empêcher de penser à ce qu’a été leur vie ou celle de leurs parents avant la chute du Mur, derrière le Rideau de Fer et de me demander, une fois de plus, comment on a pu laisser faire ça, comment l’Occident a pu abandonner l’Est de l’Europe pendant plus de quarante années. Mais ce soir j’ai envie d’être heureuse, avec eux, dans notre grande famille reconstituée. Erfurt est belle dans la nuit aussi pour ça, par ce que j’y apporte de moi-même.

Pour Szczecin, ville aujourd’hui polonaise après avoir été longtemps allemande (Stettin), nous sommes plutôt dans le deuxième cas de figure : elle fut largement détruite par les bombardements de la deuxième guerre mondiale et mal reconstruite pendant les années qui suivirent. Nous avions choisi de nous y arrêter en partie pour des raisons matérielles de répartition des kilomètres dans notre progression vers l’Est, mais aussi du fait de son histoire qui « nous parlait » (Cf. Churchill en 1946 : « De Stettin dans la Baltique jusqu’à Trieste dans l’Adriatique, un rideau de fer est descendu à travers le continent »). Renseignements pris, Szczecin n’était pas – mais alors pas du tout – une ville méritant le détour du touriste même s’il n’est pas pressé. Ce genre d’information n’est pas fait généralement pour nous décourager (peut-être même au contraire) et donc avant-hier nous y avons posé nos bagages. Au premier coup d’oeil, en rejoignant depuis notre hôtel les rives de l’Oder après être passés au milieu de bâtiments sans grâce, on se dit que oui, en effet, ce n’est pas folichon. En même temps, dans ce type d’endroit, nous retrouvons nos marques. Il faut dire que nous ne comptons plus le nombre de voyages qui nous ont conduits en Europe de l’Est, avant et après la chute du Mur. Nous nous promenons sur les quais, dînons à l’extérieur dans l’un des petits restaurants qui s’y sont installés. On se rend à peine compte que la nuit est lentement tombée. Et peu à peu tout change. Avec ses lumières qui se reflètent dans l’eau du fleuve (des enseignes publicitaires lumineuses se sont transformées sur l’onde en un drapeau tricolore que je n’ai pu m’empêcher de photographier), avec les familles joyeuses, les enfants qui jouent, les jeunes qui chantent, la ville devient belle, vraiment. Et pourtant c’est toujours la même.

Et nous avons pris autant de plaisir dans l’une et l’autre ville. Dans Erfurt et dans Szczecin. Au-delà de ce que notre subjectivité nous fait ressentir, je crois vraiment que la nuit ce ne sont pas que les murs de la ville qui changent mais aussi ses habitants. Comme si l’obscurité les libérait, comme si des barrières tombaient. Bien sûr la gaîté est davantage l’apanage des groupes mais ils créent une atmosphère. Et j’aime bien m’y plonger.

ERFURT

SZCZECIN

Mais il n’y a pas que les villes qui sont belles la nuit…

Cette fois, c’est bien parti. Nous avons quitté l’A6 du côté de Dijon, et nous montons vers l’est en direction du Luxembourg. « Mais qu’allez-vous faire au Luxembourg ? » n’ont pas manqué de s’étonner certains amis.

Je rembobine le film. Nous avons prévu de faire un énième voyage dans l’Est de l’Europe. Mais n’ayant pu faire notre séjour annuel de juillet en Bourgogne, nous avons décidé de passer quelques jours dans ce Mâconnais natal si cher à Patrick (et à moi aussi, peut-être un peu par contagion). Nous avons donc choisi un début d’itinéraire de voyage nous permettant d’y faire une petite halte familiale, amicale et gastronomique (oeufs en meurette, jambon persillé, boeuf bourguignon, accompagnés de quelques bonnes bouteilles).

À partir de là, nous avons décidé de poursuivre vers le nord et de faire étape dans un pays que nous avions visité il y a fort longtemps : le Luxembourg. Un des pays du noyau originaire – avec ses partenaires du Benelux – de ce qui deviendra l’Union Européenne, ce qui n’est pas pour nous déplaire, au point d’avoir choisi un hôtel du côté du village de Schengen, de la même manière que, quelques années plus tôt, nous avions séjourné, aux Pays-Bas cette fois-là, à Maastricht.

Dès lors, notre première visite fut pour le musée-souvenir de l’événement qui fut un élément-clé de la politique européenne et pour le « Prinzessin Marie-Astrid Europa », péniche arrimée à un quai de la Moselle où l’accord fut signé. La modestie des lieux ne manque pas de surprendre tant les conséquences de cet accord furent importantes. Depuis son entrée en application, nous avons pu apprécier, en tant que routards habitués des voyages en Europe, le passage devenu si simple au sein de son espace, les frontières ne se révélant plus que par un petit panneau bleu avec un cercle étoilé autour du nom de l’État et parfois les vestiges des anciens bâtiments de douane fatigués qui n’ont pas encore été supprimés. Et c’est à chaque fois un émerveillement.

Dans la foulée, notre deuxième visite fut pour le quartier européen de la capitale où sont rassemblées les institutions de l’UE, un quartier sans grâce mais où je fus quand même émue en passant devant la CJUE (Cour de Justice de l’Union Européenne) dont j’ai d’abord étudié puis enseigné les arrêts.

Belle surprise – comme le plus souvent en voyage – que le petit tour que nous avons fait dans un pays qui, malgré sa surface restreinte, ne se limite pas à la ville de Luxembourg, avec ses forêts profondes, ses vallées bucoliques, ses châteaux… Tout est vert et apaisant.

Mes amis, ne soyez donc pas étonnés si je vous dis que oui, le Luxembourg, ça vaut le coup !

Patrick me l’avait dit qui avait fait l’ouverture officielle de la manifestation : « La Baleine, au Palais des Expos, ça vaut vraiment le coup ! »

À dire vrai, je ne savais trop à quoi m’attendre. Mais, étant donné le spectaculaire succès public évoqué par les nombreux médias, j’imaginais plutôt des activités essentiellement ludiques. En fait, j’étais loin du compte. Certes, il y en a pour tous les goûts (notamment les animations pour les enfants), mais j’ai été surprise par le sérieux de la programmation des activités permettant de faire participer le grand public au Sommet des Océans qui, pour sa troisième édition, avait choisi la ville de Nice après New York en 2017 et Lisbonne en 2022.

ONG, organismes scientifiques et institutions en faveur de la protection des Océans se trouvaient réunis à la Baleine.

Un nombre impressionnant de Niçois et de visiteurs étrangers affluent pour voir les expositions, pénétrer au coeur d’une baleine (numérique) pour voir et ressentir comme elle (spectacle d’une grande beauté), lire les messages de tous (notamment des enfants) affichés sur de grands panneaux et, plus surprenant, pour écouter les conférences aux quatre coins du Palais et poser des questions aux intervenants scientifiques.

Malgré l’affluence, règne ici une atmosphère plutôt studieuse et relativement calme. Grâce à une organisation impeccable, la visite est fluide. La Baleine est ouverte au public jusqu’à demain (13 juin). Dépêchez-vous d’y aller si vous êtes sensibles à la protection de l’océan. Sinon, je peux vous garantir que vous le deviendrez !

À l’intérieur de la Baleine

Les expositions et les conférences

Il avait été mis à l’honneur lors du dernier Festival du Livre de Nice et nous avions eu la chance de le côtoyer.

Moins de six mois plus tard, il était arrêté. Cela fait quatre mois mois que le régime algérien l’a incarcéré. Depuis, nous n’avons que peu de nouvelles de Boualem Sansal dont nous savons qu’il a entamé une grève de la faim.

Dès lors, quoi de plus urgent et indispensable que la mobilisation, pour soutenir l’écrivain franco-algérien ce mercredi 12 mars, de la Ville de Nice qui lui a décerné le titre de citoyen d’honneur le 28 novembre dernier lors d’une cérémonie organisée pour sa libération ? Comme le faisait remarquer Elisabeth Maisondieu-Camus (petite-fille d’Albert Camus dont Sansal se sent proche), on pouvait regretter qu’il reste quelques places vides au fond de la salle des Franciscains. Il faut dire – le mauvais temps d’hier soir n’explique pas tout – que l’opposition de gauche s’était peu mobilisée (un élu d’EELV…) comme si la liberté d’expression ne devait être défendue que lorsque l’on empêche de parler ceux qui pensent la même chose que soi.

Parce que nulle autre raison que celle-ci ne justifie le traitement infligé à Boualem Sansal. Certes, il aborde des thèmes sensibles car ses oeuvres reflètent des réalités sociales et politiques cruciales en Algérie. Et alors ? Est-ce suffisant pour qu’il ait été si souvent en butte à des pressions ? On se doit de le défendre car chaque auteur a le droit d’exprimer ses idées sans crainte. En le soutenant, on s’oppose à la censure et à la répression des idées, des valeurs fondamentales dans une société démocratique.

Beaucoup de dignité et d’émotion lors de ce rassemblement. Sur scène étaient alternés de courts extraits de textes de l’auteur, quelques pincements de oud, et des prises de parole de celles et ceux qui lui étaient proches : la femme de lettres Irène Frain, l’auteur de BD né à Alger Jacques Ferrandez, l’écrivaine et critique littéraire Paule Constant.

Le maire de Nice, à l’initiative de cette mobilisation (qui a valu à notre ville de voir suspendues ses relations avec le Consulat algérien), clôturait la soirée. Il n’hésita pas à rapprocher cette atteinte à celle à l’origine des attentats à Charlie Hebdo : « Je suis Charlie, je suis Boualem Sansal ». Merci, Monsieur le Maire.

Le 7 janvier, il y aura dix ans qu’a eu lieu l’attentat contre Charlie Hebdo. Nous devons aux victimes de nous souvenir et de rendre hommage à leur mémoire. À la mémoire des douze personnes tuées ce jour-là.

En attaquant le siège du journal satirique, c’est à la liberté d’expression que les assassins ont voulu s’en prendre, au droit de critiquer les idées – y compris quand elles touchent à la religion – qui, dans une société démocratique, ne peut souffrir d’exception. Peu importe qu’on aime ou pas la satire et la créativité de Charlie Hebdo : en aucun cas, on ne peut relativiser ce qui s’est passé ce jour-là (et les jours suivants). En aucun cas, on ne peut brouiller le message en complétant ses phrases par des « oui mais… »

Au-delà, commémorer cette tuerie c’est aussi rappeler les dangers du terrorisme islamiste et de l’extrémisme et l’importance qu’il y a à lutter contre ces phénomènes. Cela devrait permettre un débat sur les politiques de sécurité et la montée des discours de haine. On en est hélas tellement loin.

L’attentat contre Charlie Hebdo fait partie de l’Histoire et cet événement doit être transmis aux générations futures pour qu’elles comprennent les enjeux de la liberté d’expression et les menaces qui pèsent sur elle.

Alors oui, commémorons, partout à notre place. Nous devons nous servir de cette occasion précieuse pour réfléchir, dialoguer et nous engager activement pour les valeurs fondamentales de la société. J’étais encore hier dans les Pyrénées-Orientales. Le quotidien « L’Indépendant » publiait une page spéciale en Une, « Charlie pour la vie » semble-t-il initiée par la Région Occitanie qui, du 7 au 11 janvier, organise plusieurs manifestations (expositions, performances, projections, rassemblement…). Un utile et bel exemple à suivre.

Ils ont été exécutés le 7 janvier 2015 :

Les cinq dessinateurs Cabu, Charb, Honoré, Tignous et Wolinski, la psychanaliste et chroniqueuse Elsa Cayat, l’économiste Bernard Maris, le correcteur Mustapha Ourrad (ces huit personnes étaient membres du journal), le policier Franck Brinsolaro qui assurait la protection de Charb et Michel Renaud, cofondateur d’un festival, invité à assister à la conférence de rédaction.

Un gardien de la paix, Ahmed Merabet, a été tué sur le boulevard Richard Lenoir par l’un des deux terroristes au cours de leur fuite.

NOUS DEVONS TOUS RESTER CHARLIE

Faire venir du monde de tous les coins du département à 18 h dans la ville de La Trinité pour parler de laïcité pouvait sembler risqué (la nuit, le froid, la fatigue après le boulot…). Pourtant, ce rendez-vous du 9 décembre (anniversaire de la loi de 1905) commence à s’imposer, grâce à la volonté du maire, Ladislas Polski, et de son équipe.

Cette année, l’invitée du 2e Forum de la Laïcité et de l’Idéal républicain était Anne Rosencher, directrice déléguée de la rédaction de L’Express, très investie sur le sujet. Lors de son exposé, elle nous a fait part de sa vision de la laïcité qui pour elle va de pair avec notre façon de percevoir la République : se référer à la laïcité, c’est mettre le citoyen au premier plan ce qui n’empêche pas les diversités. En Occident, au sein des démocraties, on vit un moment de vérité. Si plusieurs modèles sont possibles, on se rend compte, surtout, singulièrement, depuis le 7 octobre 2023, que le modèle multiculturaliste britannique est finalement beaucoup plus traversé par les questions identitaires (parfois dans un climat de guerre civile) que notre modèle laïque qui est davantage porteur de paix. Dans l’universalisme républicain, il n’y a ni revendication, ni stigmatisation.

La conception française de la laïcité se heurte pourtant à un problème de compréhension et, lors des questions qui ont suivi l’intervention d’Anne Rosencher, il a été beaucoup question de la sensibilisation, notamment des jeunes, à cette idée. Force est de constater que ce n’est pas simple. On se repose beaucoup sur l’école et le travail des éducateurs. Mais il y a un problème de moyens à l’école et aussi, encore dans un passé récent, un problème de l’administration (le terrible « pas de vagues »). Aujourd’hui, c’est moins le cas mais ça reste un sujet très difficile pour les profs qui savent que les choses peuvent mal tourner et aller jusqu’au drame. Pourtant beaucoup résistent aux intimidations. On fait peser sur eux une énorme responsabilité. Alors la question demeure : comment faire comprendre la laïcité en dehors de l’école ? C’est un peu à tous les niveaux qu’il faut intervenir. Pour Anne Rosencher, il faut de la mixité partout (les pourfendeurs de la laïcité ne vivent pas en général dans les lieux où les problèmes se posent…), il faut valoriser le citoyen français, quel qu’il soit, et non le stigmatiser. En démocratie, il faut accepter d’être choqué (cf. Charlie), accepter la liberté d’expression dans les limites de la loi.

Pour ma part, j’ai tendance à penser que la responsabilité des politiques, élus ou pas, qu’ils soient manipulateurs ou naïfs, est grande en la matière. Et que l’électoralisme est un très mauvais conseiller… Il semble y avoir souvent un manque de courage ou, dans le meilleur des cas, une absence de conscience de l’importance de la laïcité. Mais heureusement, il y a le village d’Astérix… enfin, celui de Ladislas Polski, qui résiste, encore et toujours… À l‘année prochaine, Monsieur le Maire, pour le 120e anniversaire !

Notre voyage tire sur sa fin. La dernière étape n’était pas tout à fait comme les précédentes, même si question paysage et surtout question climat, elle n’avait rien à leur envier. Mais on le sait, quand on va en Irlande ce n’est pas vraiment pour prendre un bain de soleil. D’ailleurs, pour l’atmosphère que je recherchais, il valait mieux qu’il en soit ainsi. Grâce à mon compagnon qui, une fois de plus, avait devancé mon souhait avant que je ne l’exprime, nous nous sommes retrouvés dans le Connemara. Après un petit passage à Dublin qui nous a permis de retrouver Mathilde, la fille de Yann et de Stéphanie, en voyage d’étude, nous sommes partis pour Galway, la porte d’entrée du comté.

Tout le monde connaît la chanson de Sardou, « Les lacs du Connemara ». Je la trouve jolie mais je ne crois pas que cela aurait été une raison suffisante pour justifier le déplacement. Elle représente surtout pour moi l’une des dernières chansons chantées par Thérèse, ma maman, disparue il y a deux ans. Elle l’adorait, comme quelques autres (Le France, La maladie d’amour, En chantant…) et, alors même qu’elle avait fini par oublier pas mal de choses, les paroles des Lacs du Connemara sont restées longtemps dans sa mémoire.

C’est donc pour elle que je tenais à venir ici et je crois qu’elle aurait aimé que je fasse le déplacement, comme elle aurait aimé qu’avec ma soeur Michèle, nous soyons allées assister l’an dernier au concert que le chanteur avait donné à Nice, en remarquant, comme elle le faisait toujours, « Il est beau quand même ».

Les landes, la terre brûlée, les nuages noirs, les lacs et les rivières étaient bien là, comme si le temps s’était arrêté… Et puis j’ai voulu voir tous les lieux cités par la chanson, même s’il a fallu parfois dépasser les frontières du Connemara. Je suis ainsi allée me recueillir dans l’église en granit de Limerick où Maureen a dit « oui » à Sean Kelly (Saint John’s Cathedral) et j’ai fait le déplacement dans les villes ou villages d’où sont arrivés les Connor, le O’Conolly, les Flaherty pour assister à la noce : Ballyconneely, Tiperrary (It’s a long way…).

Je n’aurais jamais pensé faire ce pèlerinage un jour. Cela aurait été dommage de m’en abstenir. L’émotion bien sûr était au rendez-vous. Mais vous avez quelque chose contre l’émotion, vous ?