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Posts Tagged ‘Retirada’

FFREEE

Comme chaque année, en février, le pays catalan français commémore quelques uns des épisodes les plus douloureux de la Retirada (voir mes billets du 5 mai 2008 et du 26 décembre 2011).

C’est ainsi que ce 23 février, nous avons participé à la marche de la mémoire organisée dans les Pyrénées-Orientales entre la gare d’Elne et la Maternité suisse, située à la sortie de la petite cité. Sur cette Maternité et l’extraordinaire histoire dont elle a été le théâtre, je reviendrai très bientôt sur ce blog.

Quant à la marche, malgré un froid très vif «attisé» par la tramontane, ce fut un grand moment d’émotion partagée et l’occasion de rencontres enrichissantes, comme avec Annie, parisienne installée dans la région depuis son enfance et investie dans l’histoire et le patrimoine catalan, qui, avec conviction et talent m’a permis d’en apprendre encore davantage. Le plaisir également de retrouver Minerva, conseillère municipale d’Arles, qui a des attaches à Banyuls, et perdue de vue depuis quelques années.

Lors d’une brève cérémonie sous un chapiteau dressé devant la Maternité, la fille d’une exilée républicaine née en ce lieu apporta son témoignage sur cette période dramatique qui, hélas ! allait en précéder bien d’autres.

Mais l’association FREEE (Fils et Filles de Républicains Espagnols et Enfants de l’Exode), organisatrice de la manifestation, ne veut pas être tournée uniquement vers le passé. Chaque année une actualité est mise en exergue : en 2013, une avocate tunisienne devait être présente. Au dernier moment, elle n’a pu se déplacer, mais la situation de son pays a tout de même été évoquée.

avec Annieavec MinervaCérémonie

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« C’est en Espagne que ma génération a appris que l’on peut avoir raison et être vaincu, que la force peut détruire l’âme et que, parfois, le courage n’obtient pas de récompense. C’est, sans aucun doute, ce qui explique pourquoi tant d’hommes à travers le monde considèrent le drame espagnol comme étant une tragédie personnelle, la dernière grande cause. » Albert Camus

Au bord de l’autoroute, à quelques kilomètres de Perpignan, on peut apercevoir, si l’on est attentif, derrière quelques éoliennes, des dizaines (des centaines ?) de baraques en ruine. Si on prend la peine de s’en approcher, on voit qu’il s’agit d’un camp, érigé sur une terre aride, où s’emmêlent aujourd’hui ronces et fil de fer barbelé.

Nous sommes au camp Joffre de Rivesaltes où seront internés les « étrangers indésirables » en application du décret du 12 novembre 1938.

Les premiers seront les Républicains espagnols, défaits par l’armée franquiste, venus chercher refuge en France, terre d’asile, pays des Droits de l’homme.

Au début de l’année 1939, un demi million d’hommes, de femmes et d’enfants franchissent les Pyrénées dans des conditions particulièrement difficiles. Une grande partie d’entre eux est d’abord internée sur les plages du Roussillon dans des camps de fortune. Ainsi, ils seront 100 000 sur la plage d’Argelès, cette même plage où je passe depuis de nombreuses années quelques jours de vacances. Rien – ou si peu – rappelle leur présence en ce lieu : tout juste une stèle évoquant la « Retirada » de février 1939, et, un peu plus dans l’intérieur, un petit cimetière, sans tombe indiquée, avec un monument aux morts… Quelques noms… Gomez… Lobato… Montero… Torres… Tudela… Vigara… et, pour finir, ces quelques mots « et tous ceux qui sont demeurés inconnus ». A côté, a été planté en 1999 un arbre à la mémoire des soixante-dix enfants de moins de 10 ans morts dans le camp d’Argelès.

J’étais à peine plus âgée lors de mon premier séjour en Espagne. J’accompagnais Maria Rosario, qui a vécu chez nous pendant de nombreuses années. Elle allait rendre visite à sa mère et son frère à Tortosa, en Catalogne : elle ne les avait pas revus souvent depuis que, toute jeune fille, elle avait fui l’Espagne déguisée en garçon. Pendant le voyage en train, elle m’avait raconté ses souvenirs de la guerre. A cette époque, je ne comprenais pas grand-chose à cette guerre-là sinon que les mêmes qui avaient tué son père communiste (elle l’avait retrouvé pendu à un croc de boucher dans une chambre froide) étaient toujours là. J’avais trouvé ça très inquiétant.

Le camp Joffre devait au départ accueillir des militaires. En janvier 1941, il ouvre officiellement et devient le « Centre d’hébergement de Rivesaltes ». Les Républicains espagnols y seront internés et aussi les Juifs (étrangers) et les Tziganes. Les conditions de vie y étaient terribles : faim, violences, viols par les gardes… (voir un témoignage sur le site « Mémoire de nos pères »).

La déportation des Juifs de France commence en mars 42. En août, une partie du camp devient « Centre National de Rassemblement des Israélites »… Pourtant les Allemands n’envahiront la Zone libre que trois mois plus tard… Et de là, ils partiront pour Auschwitz.

A la Libération, le camp devient « Centre de séjour surveillé de Rivesaltes », puis « Dépôt n° 162 des prisonniers de guerre de l’Axe ». En 1948, il retrouve sa vocation militaire, puis à partir des accords d’Evian, on y installera des familles de Harkis dans des conditions d’hébergement particulièrement rudes. Les dernières quitteront les lieux en 1970.

C’est au sein de ce même camp qu’a été construit en 1984 – sinistre symbole – le Centre de rétention administrative des Pyrénées-Orientales. Il a fermé ses portes en décembre 2007 (il est aujourd’hui à proximité de l’aéroport…).

France, terre d’asile… « Centre d’hébergement », « Centre de rassemblement », « Centre de séjour »… Camp de concentration.

En 1997, le camp est menacé de destruction. Une pétition initiée par le Collectif « Pour la mémoire vivante du camp de Rivesaltes », signée notamment par Simone Veil, Claude Simon, Edgar Morin, le sauve : le site ne sera pas rasé entièrement et un mémorial y sera érigé. C’est Robert Badinter qui, en 2005, a été choisi pour parrainer le projet. Il n’existe pas encore, mais un certain nombre d’actions pédagogiques et culturelles ont commencé à voir le jour. Il en aura fallu du temps.

Sur le bord de la route qui longe le camp trois stèles rappellent les souffrances de ceux dont les fantômes peuplent les lieux : les Juifs déportés, les Harkis, les Républicains espagnols. En marchant entre les baraques délabrées, sur le sol sec, en franchissant les ouvertures des bâtiments qui n’ont plus de portes, je crois bien les avoir rencontrés…

Cali – L’exil

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