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Posts Tagged ‘Nikaia’

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Pour la cinquième édition des « Rendez-vous avec Cimiez », j’ai beaucoup appris de la conférencière du jour, Monique Jannet herself, conservateur du Musée archéologique, qui intervenait sur le thème de « Cemenelum, une cité romaine et mérovingienne éphémère ».

Madame Jannet a d’abord mis l’accent sur l’originalité du site de notre région puisqu’on y trouvait un comptoir grec (Nikaïa) et une cité romaine (Cemenelum). Cette dualité s’est poursuivie jusqu’au Moyen Age avec deux évêchés : Cimiez qui dépendait d’Arles (et par la IMG_1251suite d’Aix) et Nice qui dépendait de Marseille. Prenant appui sur une carte du quartier, elle dessina les contours de ce qui était – on peut le supposer – Cemenelum, une ville vraisemblablement pas très grande mais sans doute plus importante que ne le laissent penser les ruines actuellement mises à jour. En fait, les deux cités devaient être très proches l’une de l’autre, s’enrichissant de leurs différences, l’une tournée vers les hautes vallées alpines, l’autre vers la mer. Elles évolueront différemment au fil du temps puisque la première disparaîtra, ne laissant subsister, dans un paysage rural, que des ruines qui, plus près de nous, firent l’objet de fouilles sauvages.

Il nous faut imaginer l’atmosphère du site avec ses thermes dans les premiers siècles de notre ère : les marbres à l’intérieur, les piscines, les fontaines, il y avait de l’eau partout ; le bruit devait être important, celui des étuves, des bouilloires pour chauffer l’eau des baignoires… Curieusement, je n’avais jamais fait l’effort d’y penser… Je les verrai bien différemment maintenant.

IMG_0035 (2)L’essentiel de l’exposé concernait les résultats des nouvelles études relatives à la datation du site avec son amphithéâtre et ses trois thermes : ceux du Nord, les plus grands, ceux de l’Est, et, ceux de l’Ouest, les plus récents et aussi les plus petits. Vers le milieu du siècle dernier, la datation (faite notamment par Fernand Benoit et Danielle Mouchot) prenait appui sur les différences que l’on pouvait constater dans l’aspect des amas de briques : lorsqu’elles étaient très espacées, on datait du Ier siècle, si elles l’étaient un peu moins du IIe, et lorsque les briques étaient encore plus serrées du IIIe siècle.

Ainsi, on avait pu penser que l’amphithéâtre, construit au 1er siècle, avait été agrandi par la suite au IIIe siècle. On estime aujourd’hui que, si la construction a bien été faite en deux étapes, elles se situent toutes les deux au 1er siècle. La découverte, lors de fouilles plus récentes, dans le frigidarium des Thermes du Nord, d’une statue d’Antonia, mère de Claude (qui régna de 41 à 54 ap. J-C.) a fait se poser la question de cette datation. Une nouvelle approche permet de dater ces thermes du 1er siècle plutôt que du IIIe comme on l’avait fait jusqu’alors. Exit l’histoire des briques. Les autres thermes dateraient du IIe siècle (thermes de l’Est) et du IIIe (thermes de l’Ouest).

On avait dans un premier temps pensé que ces derniers thermes étaient réservés aux femmes. On considère aujourd’hui que c’est peu probable et qu’ils devaient accueillir, à tour de rôle,IMG_1257 des hommes et des femmes (en fonction des jours ou des heures). Ce sont les moins bien conservés car c’est sur leur emplacement qu’a été édifié au Ve siècle un groupe épiscopal comprenant une église cathédrale et un baptistère. Lorsqu’on reconstruit, au Moyen Age, on utilise les constructions déjà existantes. C’est ainsi que les cuves baptismales seront à chaque fois modifiées pour suivre l’évolution de la liturgie en la matière. Et elles seront de plus en plus petites.

Au terme d’un exposé scientifique rigoureux, en prenant la précaution de toujours relativiser IMG_1265les informations données qui progressent au fur et à mesure des fouilles menées et des études réalisées en équipe, Monique Jannet a tenu à rappeler qu’un musée d’archéologie ne peut être quelque chose de figé : on y fait un travail pointu, on y organise également des animations avec des associations, des lycées professionnels… On amène ainsi les jeunes à mieux comprendre l’antiquité.

Le site de Cimiez recèle vraisemblablement encore beaucoup de trésors. IMG_1255Les fouilles doivent se poursuivre. Mais ce n’est pas toujours chose aisée que d’obtenir les autorisations nécessaires… Il le faudrait pourtant, ne serait-ce que pour ressentir des émotions telles que celle que nous a fait partager Madame le conservateur lors de la mise à jour d’anciens pavés romains tellement usés par le passage des hommes qui vécurent ici..

Liens vers les comptes-rendus des précédentes conférences :

Sur la préhistoire
Le comité explore le temps

Sur le projet de restauration du site Cimiez
La restauration programmée de Cemenelum

Sur l’origine médiévale de l’abbaye de Saint Pons
Quand Saint Pons occupait Cimiez

Sur la création et l’évolution de la province des Alpes-Maritimes
L’origine des Alpes-Maritimes

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Ce vendredi 3 avril avait lieu la quatrième conférence des Rendez-vous avec Cimiez organisés par le Comité de quartier et le Musée archéologique de Nice. Elle portait sur la province des Alpes-Maritimes des origines à la fin de l’Antiquité.

N’ayant pu y assister, j’ai demandé à Henri – qui ne l’aurait manquée pour rien au monde – de bien vouloir nous en faire un compte-rendu. Il est reproduit ci-dessous.

La création et l’évolution de la province des Alpes-Maritimes
Par Henri Cottalorda

Stéphane Morabito

Stéphane Morabito

Dans le cadre des « Rendez-vous avec Cimiez », nous avons pu assister à une passionnante conférence de Stéphane Morabito, docteur en Histoire ancienne, sur le thème de « la création et l’évolution de la province des Alpes-Maritimes ». Cette province fut fondée par Auguste, après sa victoire sur les populations locales. Cemenelum, créé à cette occasion, en était la capitale. Nikaia, qui occupait la partie littorale (sur l’actuel Vieux Nice) et qui se trouvait sur le même territoire, à 2,5 km de distance, appartenait, pour des raisons politiques, avec Massilia (Marseille), à la province de Narbonnaise. Régulièrement insérée dans la province des Alpes Maritimae, la localité marseillaise de Nikaia n’en fait pas partie à cette époque (voir la carte ci-dessus).

Par contre la province s’étendait au nord beaucoup plus loin qu’aujourd’hui puisqu’elle englobait les cités de Castellane, Senez, Embrun. Cette dernière devint la capitale des Alpes-Maritimes au IVe siècle provoquant le déclin de Cemenelum et le regroupement de la population sur le site de la colline du château de Nice.

L’orateur développa l’évolution et la formation de cette province, les limites territoriales des différentes cités, la vie municipale des gens qui y résidaient, l’onomastique des populations et des lieux, les voies de communication présentes, en particulier la célèbre via Julia Augusta. A propos des voies de communication, il nous fit remarquer que l’entretien – très coûteux – de celles-ci, est passé assez rapidement de Rome aux « collectivités locales » : rien de nouveau sous le soleil…

Il mit en valeur, à l’aide de schémas, cartes et photos, l’importance des découvertes archéologiques (textes anciens, inscriptions, pierres, bornes milliaires, objets d’époque, monuments…) et la nécessité de continuer, voire d’accroître, l’effort pour développer les fouilles et la recherche, Et cela, surtout à Cimiez car nous ne connaissons qu’un quartier : les thermes et l’amphithéâtre, soit environ un vingtième de la surface.

Comme il le dit avec passion, « il reste beaucoup à découvrir ». A suivre…

Liens vers les comptes-rendus des précédentes conférences :

Sur la préhistoire
Le comité explore le temps

Sur le projet de restauration du site Cimiez
La restauration programmée de Cemenelum

Sur l’origine médiévale de l’abbaye de Saint Pons
Quand Saint Pons occupait Cimiez

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