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Jean-Marie Cavada

Se réunir entre femmes et hommes d’horizons politiques divers pour débattre de la nécessité d’une Europe fédérale pourrait presque, par les temps qui courent (en fait sensiblement depuis le débat sur la Constitution), passer pour une provocation. Et pourtant, il s’agit bien là d’une impérieuse nécessité.

C’est là le message qu’a tenu à faire passer Jean-Marie Cavada, le nouveau président du Mouvement Européen-France accueilli, à l’occasion d’un dîner-débat, par Brigitte Ferrari et la branche locale du mouvement des Alpes-Maritimes, autour du thème « Où va l’Europe ? ».

Dans son intervention, le député européen a tenu à apporter un éclairage nouveau aux crises que nous traversons qu’il estime à la fois surdimensionnées (elles ne seraient pas si graves) et sous-traitées (on ne parle pas de la réalité de la situation).

Plein de fausses idées circulent sur l’Europe, parce que certains trouvent intérêt à cultiver la peur. Bien sûr, l’endettement public va mal, mais la richesse privée y est extrêmement forte. Et encore, même le total de la dette européenne est inférieur à celle des pays les plus endettés que sont les Etats-Unis ou le Japon. Pourtant, ces derniers ne sont pas attaqués comme le sont les pays européens. Pourquoi ? Parce qu’on ne veut pas regarder le fond du problème : l’Europe souffre d’être une entité dont la signature n’a pas une véritable valeur, l’Europe souffre de son absence de cohérence politique. Quand on dit qu’on va aider la Grèce, il faut attendre plus d’un an avant que cela prenne effet et alors c’est trop tard. L’Europe est malade de son indécision, de sa frilosité à franchir le pas de l’autorité politique. Le budget européen représente une part infime du PIB de l’Europe, sans comparaison avec le budget d’un Etat fédéral (le budget fédéral représente 1/5 du PIB des USA). Pourtant, nous avons absolument besoin d’un gouvernement fédéral chapeautant l’ensemble des activités monétaires et financières (au sens large, incluant le social et le fiscal).

Jean-Marie Cavada avance quelques pistes sur la façon d’organiser le système et j’ai trouvé intéressant – il est vice-président du Nouveau Centre – que certaines d’entre elles rejoignent finalement les idées avancées par l’actuel Président de la République : séparation des activités de dépôt et d’investissement des banques, nécessité d’un plan de relance de l’Europe notamment pour les nouveaux métiers appelés à se développer…

Mais pour cela, il nous faut un gouvernement européen. Le fédéralisme n’est rien d’autre qu’une délégation de compétences. S’il a mauvaise réputation en France, c’est que notre système se révèle souvent incapable de mettre en place des instruments de contrôle quand l’Etat délègue ses compétences (il suffit de voir la faiblesse du contrôle des instances de décentralisation). Dans le cadre d’un gouvernement fédéral, les états délèguent, sous contrôle politique, des compétences parce qu’il y a des choses qu’un Etat est trop faible pour les réaliser seul. Cela concerne les politiques de la défense, de l’énergie, de l’ensemble monétaire et financier, de l’immigration. Sur ce dernier aspect, l’intervenant pense à juste titre qu’il doit y avoir un débat (le sujet n’est pas tabou) et il évoque longuement l’exemple canadien dont l’Europe pourrait s’inspirer.

Le discours de Jean-Marie Cavada est efficace, mais le créateur de « La marche du siècle » n’est jamais aussi bon que lorsqu’il aborde, dans la deuxième partie de son intervention la question de la paix. Nous devons être lucides : nous, Européens, sommes des gens que l’on peut envier, mais nous sommes aussi des gens dont nous devons nous méfier (nous avons fait faire de tels progrès à la barbarie au cours du XXe siècle…). L’Europe humaniste ne peut souffrir aucune résistance, aucune exception : elle doit se battre de toutes ses forces contre la démagogie, le populisme. Par quelque bout qu’on le prenne, l’Europe est notre premier sujet d’avenir : nous ne devons pas être lâches, manquer de détermination.

Et, pour clore son propos, il a tenu à rappeler la correspondance entretenue pendant la première guerre mondiale entre deux écrivains, deux visionnaires, l’un Français, l’autre Autrichien, qui partageaient la conviction qu’un jour, les Européens seraient si fatigués de leurs propres haines qu’ils s’assiéraient autour d’une table pour se mettre d’accord. Le jeune Stefan Zweig sera ainsi sauvé de la dépression par Romain Rolland à propos duquel il aura plus tard cette phrase magnifique : « La conscience parlante de l’Europe est aussi notre conscience ».

Nous ne le savions pas alors, mais le meilleur de la soirée n’était pas là. Pendant notre réunion, François Hollande et ses homologues étaient en train de négocier l’accord sur la croissance sans lequel l’Europe que nous avions appelée de nos vœux aurait été très sérieusement en danger. Au petit matin, mission était accomplie. Bien sûr, tout cela reste fragile, mais c’est suffisant pour nourrir l’espérance des convives du Westminster.

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