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Mohamed Brahmi

Grosso modo, les révolutions de ce qu’on a appelé le Printemps arabe évoluent selon un scénario dans l’ensemble identique. Suite à une révolte contre des régimes autoritaires et corrompu, le peuple descend dans la rue. Le fait déclencheur peut varier, mais il n’est de toute façon qu’un exutoire : assez rapidement, les manifestants demandent le départ des politiques contestés de l’ordre ancien et la mise en place d’un nouveau gouvernement.

Selon la résistance du pouvoir en place, ça débouche sur des scènes de violences plus ou moins dramatiques. Et dans quasiment tous les cas, les Islamistes parviennent à tirer leur épingle du jeu et se retrouvent à tenir les rênes du pouvoir.

Parmi les pays concernés, la Tunisie présente une spécificité : les religieux y sont arrivés plus masqués qu’ailleurs, le mode de vie des Tunisiens et surtout des Tunisiennes se prêtant assez peu à l’instauration d’un tel régime.

Mais il est évident qu’ils n’ont pas renoncé et, de ce point de vue, ils ont trouvé un allié qui a pu entrer dans la place et prendre le pouvoir caché sous les oripeaux de la modération : Ennahdha.

En effet, ce soit disant islamisme modéré installe plus lentement mais sûrement une société où la religion est dominante et crée un climat favorable pour de plus extrémistes. Il légitime finalement les salafistes radicaux qui se sentent tout permis pour éliminer les opposants, comme en témoigne l’assassinat avant-hier du député Mohamed Brahmi, fondateur du parti Courant Populaire, après celui de Chokri Belaïd en février dernier. Aussi, penser que l’actuel gouvernement tunisien peut être la digue qui empêchera le salafisme de se développer est une lourde erreur.

De ce point de vue, on peut légitimement se demander si le déplacement du Président de la République française à Tunis et le soutien affiché à Ennahdha étaient opportuns. Un défaut de timing en quelque sorte…

Car, ne nous y trompons pas, ce deuxième assassinat majeur en Tunisie, concomitamment aux événements d’Egypte, prouve qu’un combat décisif s’engage dans les pays du Printemps arabe entre l’Islamisme et la Démocratie. La vraie démocratie, pas celle qui s’appuie sur des majorités de circonstance, mais celle qui assure la protection de l’opposition et des minorités tout en séparant Etat et Religion dans le respect de la liberté de conscience de chacun et l’égalité entre les hommes et les femmes.

Face à ce combat décisif, ne soyons ni spectateurs, ni naïfs, engageons-nous aux cotés de l’ensemble des forces politiques qui ne se résignent pas à l’islamisation de la société tunisienne.

P.S. En mars dernier, j’avais animé au MUSEAAV une réunion sur la situation des femmes en Tunisie.

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Faouzia Maali, Dominique Boy-Mottard, Rajè Mannaï-El Kamel, Inés Hammami

Faouzia Maali, Dominique Boy-Mottard, Rajè El Kamel, Inés Hammami

Quand l’équipe du MUSEAAV m’a proposé d’organiser une soirée dans le cadre des journées de le femme en me donnant « carte blanche », j’ai voulu spontanément parler d’un sujet en rapport avec la situation de la femme en terre d’Islam tant je suis persuadée que c’est là que se joue l’essentiel du combat pour l’émancipation féminine en ce début de siècle. N’en déplaise aux organisations féministes traditionnelles souvent influencées par l’extrême gauche qui continue à flirter avec le relativisme culturel.

Evoquer ce qui se passe en Tunisie m’est apparu alors comme une évidence car ce pays, petit par la taille, si proche de l’Europe et singulièrement de Nice est devenu un symbole après les révolutions arabes. Et aussi parce que la situation de la femme y est, depuis Bourguiba, si singulière par rapport aux autres pays arabes.

C’est pourquoi j’ai tenu à donner la parole à des niçoises franco-tunisiennes pour leur demander leur avis sur ce qui se passe sur l’autre rive de la Méditerranée. Et si la soirée fut, de l’avis général, riche et utile, c’est à ces femmes qu’on le doit.

Il y a eu bien sûr d’abord celles que j’avais voulu avoir près de moi car elles sont représentatives de ces femmes engagées dans la vie de notre cité tout en étant fidèles à leur pays d’origine : Rajè et Faouzia. Rajè, qui a su si bien exprimer sa passion et ses espoirs au moment de la révolution qu’elle ne veut pas qualifier « de Jasmin » cette fleur qui se fane si vite après la cueillette… Faouzia qui, avec des mots simples, a su nous expliquer que sa foi à elle était tout à la fois sincère et incompatible avec l’intégrisme.

Mais il y a eu aussi…

Lilia, mon ancienne étudiante qui travaille aujourd’hui à Tunis et qui, à travers le message qu’elle m’avait transmis, nous a fait part des difficultés et des contradictions du combat des femmes sur place,

Inés, maître de conférences à l’IAE, qui a exprimé sa volonté de ne rien céder et d’affronter directement la normalisation islamiste,

Kenza, avec son triple regard de franco-maroco-tunisienne,

Et les autres…

Et si, après cette soirée, le public est ressorti en ayant l’impression que la situation en Tunisie est préoccupante pour l’avenir des femmes, mais que le combat n’est pas perdu d’avance et qu’il ne fait que commencer, alors, j’ai le sentiment (modeste, très modeste) du devoir accompli.

Interview Dominique Boy-MottardFaouzia Maali, Dominique Boy-Mottard, Sami Cheniti, Rajè MannaïMuseaav, Nice-Tunisie, publicMarie-Jeanne Mavic, chargée de mission Droits des FemmesKenzaAvec un responsable du Museaav

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