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Posts Tagged ‘homophobie’

Oui à l'égalité« Je ne suis pas homophobe, mais… », « J’ai même des amis homos, alors hein… »

Ça ne vous rappelle rien ?

Dire que je suis excédée par le reflet que donne d’elle-même la société française à l’occasion de l’adoption du projet du mariage pour tous relève de l’euphémisme le plus doux… Et cette exaspération n’est pas près de s’atténuer quand on vient reprocher au gouvernement (évidemment plutôt ceux qui sont contre) d’avoir lancé ce débat alors qu’il y a tellement d’autres sujets d’inquiétude de nos concitoyens. Non mais m… ! Si ça a pris tellement d’importance, c’est parce les opposants ont manipulé l’opinion en utilisant le plus souvent des arguments dégueulasses (et je pèse mes mots) dénués de tout fondement et qu’ils ne veulent pas lâcher le morceau tout en sachant pertinemment que c’est cause perdue. Si on veut chercher des responsables, c’est là qu’ils se trouvent.

Quant à ceux qui seraient sincères, il est difficile de débattre avec eux tant ils se rangent dans la catégorie des croyants (religieux ou pas) plutôt que dans celle des gens qui réfléchissent. Comment argumenter face à quelqu’un dans l’incapacité d’entendre ? Plus que leur absence de raison, ce que je leur reproche, ce qui m’est insupportable, c’est la sècheresse de leur cœur, leur absence de tolérance. Et leur profonde homophobie, qu’elle soit consciente ou inconsciente. Refuser l’égalité, c’est discriminer : en la matière, c’est être homophobe.

Pour autant, je vais quand même essayer de reprendre quelques arguments juridiques. Au cas où…

– Le débat actuel porte simplement sur l’ouverture du mariage civil et de l’adoption – jusqu’à présent réservés aux seuls couples de personnes de sexe différent – aux couples de personnes de même sexe. Les religions n’ont donc pas à intervenir dans la discussion.

– Le mariage civil n’est qu’une construction juridique qui s’est régulièrement adaptée à l’état de nos mœurs et qui n’a cessé d’évoluer depuis sa création au moment de la Révolution française (régimes matrimoniaux, divorce, droits et devoirs des époux, filiation).

– Pourquoi la loi devrait-elle traiter différemment les couples homosexuels et hétérosexuels ? Selon l’article 1er de la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen de 1789, qui fait partie de notre droit constitutionnel positif, « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droit ». Chaque couple doit avoir la possibilité de recourir aux différents statuts reconnus par la loi : se marier, passer un PACS ou vivre en concubinage. Cela ne change rien aux droits des couples hétérosexuels. Ils pourront toujours se marier ou pas même si les homosexuels bénéficient aussi de cette liberté.

– En reconnaissant moins de droits aux homosexuels, on nourrit l’homophobie comme on nourrissait le sexisme quand la loi accordait moins de droits aux femmes qu’aux hommes (même raisonnement pour le racisme). Et ce n’est pas parce qu’on reconnaît une identité des droits et devoirs que les différences de sexes vont disparaître dans notre société (elles n’ont pas disparu quand on a fini par reconnaître l’égalité entre hommes et femmes). Il s’agit, ni plus ni moins, que de mettre fin à une discrimination légale.

– La possibilité d’avoir des enfants n’est pas une condition du mariage civil : sinon, quid des couples stériles ? Avoir un père et une mère ne fait pas partie des Droits de l’enfant reconnus par la Convention Internationale du 20 novembre 1989 : sinon quid des familles monoparentales ?

– La filiation juridique n’est pas non plus dictée par « la nature » : des femmes accouchent sous X, une femme peut être inséminée suite à un don de sperme anonyme, des personnes célibataires peuvent adopter un enfant. Refuser le droit à la filiation aux couples homosexuels, sous prétexte que ce serait mauvais pour l’enfant (toutes les études sérieuses témoignent du contraire : c’est le regard qu’une partie de la société, la plus conservatrice, porte sur eux qui pose problème), c’est refuser de légaliser l’existence de ces familles qui vivent déjà ainsi aujourd’hui, avec deux pères ou deux mères, et du même coup, refuser de protéger l’enfant.

– Reconnaître le mariage et l’adoption par des couples homosexuels ne signifie pas que ces derniers pourront avoir recours aux méthodes de PMA dans des conditions différentes de celles qui sont admises pour les couples hétérosexuels. Et, en l’état actuel des choses, le recours à la PMA est dans notre pays très limité.

Il y aurait encore sans doute pas mal à dire. Mais je n’ai pas pris la peine de répondre aux arguments les plus abjects – et tout autant dénués de fondement – développés par ces bien-pensants : les couples homos vont louer des ventres, acheter des enfants qui ne seront plus que des marchandises, et pervertir ces enfants qu’ils élèveront pour en faire des « gens comme eux ».

A ceux-là, j’ai envie de répondre : tant qu’ils ne sont pas comme vous !

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Le « débat » portant sur la nouvelle Déclaration de principes vient de se dérouler au sein du Parti socialiste 06.

Ce fut un débat pour rien. Comme le texte a été adopté par le National avant le débat local, ce qu’ont pu dire et faire les militants n’a strictement aucune importance. La base a parlé, discuté, produit des amendements et tout ça a fini au panier de la rue de Solférino. Comme d’habitude dirait Claude François…

Pendant les longues années au PS, je me suis toujours révoltée contre cette illusion de démocratie. Ce n’était pas le cas de la majorité des adhérents : à partir du moment où chacun avait pu placer ce qu’il avait envie de caser, personne ne se préoccupait de voir si, in fine, le texte national reprenait ne serait-ce qu’une infime partie de ce qui avait été proposé par la base.

Aujourd’hui pourtant, je ne peux retenir un Ouf ! de soulagement. Parce que les amendements au texte, envoyés par la fédération du 06, réussissent l’exploit de cumuler pinaillage bête et dérives inquiétantes.

Remplacer l’expression générations nouvelles par générations futures, n’est-ce pas du pinaillage ?

Remplacer «Lutter pour la paix, la sécurité collective, et le co-développement correspond à la vocation internationaliste des socialistes» par «Les socialistes luttent la paix (sic), la sécurité collective et le co-développement conformément à leur vocation internationaliste des socialistes (re-sic)» est-il vraiment plus explicite ?

Remplacer «Il [ le PS ] milite pour un ordre international juste et respecté » par « Il milite pour un ordre international juste et respectueux de tous» est révélateur d’une totale ignorance de ce qui fait la valeur du droit international : ce droit n’est rien s’il n’est pas respecté. Ce qui signifie que l’on doit être prêt, pour lui donner une effectivité, à utiliser des sanctions. Alors que respectueux de tous fait, au mieux, double emploi avec juste, au pire, conduit à considérer que le droit international doit tout respecter, y compris ce qui est injuste et donc pas respectable. Là, on n’est plus tout à fait dans le pinaillage.

Et j’en arrive au plus grave qui, d’après ce qui m’a été rapporté, a donné lieu à de longs débats et qui concerne les articles 14 et 19 de la Déclaration.

Dans le premier de ces articles (article 14), le texte national rappelle que le PS lutte pour l’émancipation des femmes, pour l’égalité entre les hommes et les femmes et combat les atteintes à l’intégrité et à la dignité humaines en raison du sexe ou de l’orientation sexuelle.

L’amendement retenu par la Fédération 06 remplace l’émancipation des femmes par le principe de parité (ce qui est réducteur) et fait carrément disparaître la dernière partie du texte condamnant les atteintes à l’intégrité et à la dignité humaines en raison du sexe ou de l’orientation sexuelle. A la place, on trouve une formulation générale sur l’égalité de droits pour tous, homme, femme et enfant. Pourtant, ce qui est important aujourd’hui, c’est que des atteintes sont portées à l’intégrité et la dignité des femmes en raison de leur sexe (voir le débat qui a eu lieu à propos de la décision du TGI de Lille) et à celle des homosexuels auxquels on refuse toujours une égalité des droits (mariage, adoption). Cet aspect est complètement édulcoré par le texte fédéral.

Dans le second de ces articles (article 19), le texte original précise que le PS «combat la xénophobie, le racisme et l’antisémitisme sous toutes leurs formes». Là encore, localement, on édulcore par la formulation suivante : le PS «combat toutes formes de racisme et de discriminations».

Pour résumer, quelles différences trouve-t-on entre l’original et le texte amendé ?
Dans le texte national, d’une part, on milite pour l’égalité des sexes, en insistant sur l’émancipation et la nécessaire protection des femmes menacées dans leur intégrité et leur dignité, et on se bat contre l’homophobie (article 14). D’autre part, on lutte contre la xénophobie, le racisme et l’antisémitisme (article 19).

Dans le texte amendé, on développe l’égalité des sexes en insistant sur le principe de parité et on abandonne toute référence à la liberté des orientations sexuelles : exit la lutte contre l’homophobie. Et on combat toutes formes de racisme et de discriminations : exit la lutte contre l’antisémitisme.

Toutes ces modifications ne sont pas neutres : insister sur la parité et oublier l’intégrité et la dignité des femmes est révélateur des priorités du combat féministe des socialistes des Alpes-Maritimes. Eviter de parler précisément du respect des orientations sexuelles et de l’antisémitisme en remplaçant ça par une formulation générale («toutes les discriminations») est également révélateur de leurs choix. Certains mots doivent être dits car ce qu’ils représentent ne peut être réduit à des généralités.

Refuser de parler des atteintes à l’intégrité et la dignité des femmes, refuser de parler d’homophobie, refuser de parler d’antisémitisme, moi, ça me fiche la trouille.

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