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Posts Tagged ‘Cercle Arctique’

Renne

Inutile de le nier : les quelques premiers jours de voyage ont été un peu longs, bien que non dénués d’intérêt. Nous avons dû avaler pas mal de kilomètres et même si nous n’avons plus été confrontés aux embouteillages allemands, le défilé des forêts suédoises ne nous a pas vraiment révélé de surprises. Sans compter que les panneaux routiers nous demandant de faire attention aux rennes s’apparentaient à de la publicité mensongère car de rennes nous n’en vîmes point.

Mais aujourd’hui, tout a changé. Nous avons décidé d’emprunter des routes moins fréquentées et nous avons quitté la E4 – qui n’était pourtant pas réellement une autoroute – et la côte botnienne. Cette dernière nous avait malgré tout permis de passer sur le plus grand pont suspendu de Suède qui avoue, sans fausse modestie (et il a bien raison !), vouloir faire concurrence au Golden Gate. C’est à partir de Skelleftea que nous avons bifurqué vers l’intérieur. Un quartier de cette petite ville constitue un village paroissial, Bonnstan, constitué de maisonnettes en bois sombre alignées le long de rues silencieuses, créées à l’origine pour accueillir les fidèles éloignés venus assister à l’office et classées parmi les monuments protégés. Sans eau ni électricité, elles sont utilisées aujourd’hui comme résidence d’été. Une belle surprise nous attendait un peu plus loin alors que nous pénétrions dans l’église voisine : trois musiciens répétaient un morceau, que malheureusement nous n’avons pu identifier (ayant enregistré une partie du thème, je ferai appel aux plus mélomanes de nos amis pour nous éclairer). Ce fut un très joli moment.

Nous avons alors emprunté la E45, direction la Laponie.

Et là, ça n’a pas traîné : très vite, l’atmosphère changea. D’abord, on pouvait s’arrêter facilement quand l’envie nous en prenait, ce que nous ne nous sommes pas privés de faire. Tremper les pieds dans un lac, croquer dans une pomme au bord d’un autre, observer les oiseaux, prendre son temps : des plaisirs qui avaient été rares ces derniers jours, même s’il nous était arrivé parfois de prendre des chemins de traverse. D’ailleurs hier, cela nous avait permis d’avoir la confirmation que les Suédois ont des moeurs bien éloignées de celles des Azuréens que nous sommes : alors que la température extérieure était plutôt fraîche et que le soleil ne perçait les nuages que très faiblement, nous avons pu assister à la baignade prolongée de toute une petite famille dans un lac qui ne nous disait rien qui vaille, emmitouflés que nous étions pour nous protéger du vent.

Sur la E45, finis les panneaux routiers concernant les rennes. Par contre, les rennes, eux, étaient bien là et, avec eux, la promesse de la Laponie tout proche.

Après une centaine de kilomètres, nous avons trouvé sur notre route une grosse bourgade, Arvidsjaur, où se trouve le pendant de Bonnstan pour les Samis (peuple autochtone qui rejette le terme – péjoratif – de Lapon) : à Lappstaden, il s’agit de maisons également en bois, coiffées d’une toiture pyramidale, qui furent édifiées pour faciliter leur assiduité – imposée – à l’église.

Plus nous progressons vers le Nord, plus le ciel semble grand et l’horizon infini. C’est chaque fois le même bonheur d’observer les nuages qui flottent littéralement dans l’air et changent en permanence de forme et de couleur. Le tapis rose des épilobes s’étale de plus en plus : ils apprécient particulièrement les bords de la voie ferrée que nous longeons fréquemment. Le temps nous est clément : presque pas de pluie, quelques gouttes très occasionnelles qui ont pour avantage de laver (un peu) notre pare-brise maculé de traces d’insectes (en passant, j’ai eu ma première piqure de moustique aujourd’hui : dès demain, je sors l’artillerie lourde des répulsifs).

Autre événement de la journée : nous sommes passés au-delà du Cercle arctique. En 2013, cela avait constitué le point le plus au nord de notre voyage en Alaska. Ici, ça ne fait que commencer. Patrick en a profité pour faire son Forrest Gump. Je l’ai récupéré à l’entrée de notre ville étape du jour, Jokkmokk. Nous venons d’y passer une délicieuse soirée… au bord d’un lac, bien sûr.

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Yukon river 2Yukon river

La magie des lieux peut opérer de différentes manières. Dans la même journée, j’ai pu en expérimenter deux.

Parfois, la seule évocation d’un nom mythique suffit. C’est ainsi que nous décidâmes hier matin d’emprunter la Dalton Highway (qui suit le pipeline) pour rejoindre le Cercle Arctique. Ce serait le but d’une longue journée sur une route qui ne semblait avoir d’autre intérêt que de nous conduire au Cercle polaire. Mais ça se suffisait en soi. Nous savions pourtant qu’il faudrait rentrer par le même chemin à Fairbanks (il y a peu de routes en Alaska et souvent, quand elles se terminent, elle n’offrent d’autre possibilité que de revenir à son point de départ). Mais peu nous importait.

Ce déplacement ne faisait pas partie de nos projets initiaux. Mais nous l’avions médité chacun de notre côté. Parce que, quand même, voir la mention du Cercle arctique sur une carte, à une distance accessible et ne pas s’y rendre… Je ne sais lequel de nous a émis le premier l’idée que peut-être, on pourrait aller jusque-là. Cela n’a d’ailleurs aucune importance : l’autre a immédiatement accepté. La rencontre ne pouvait qu’être exceptionnelle et elle le fut.

D’autres fois, la magie d’un lieu vous prend par surprise : vous n’aviez pas d’attente particulière mais l’émotion est au rendez-vous. Quelques dizaines de miles avant d’atteindre notre but, ça s’est produit.

Depuis notre départ de Fairbanks, nous traversions des forêts qui, malgré le ciel bleu, nous renvoyaient un environnement plutôt hostile. Les incontournables sapins, auxquels se mêlaient de maigres bouleaux, d’habituellement faméliques étaient ici carrément rachitiques, et offraient à perte de vue un spectacle de désolation qu’aggravaient les nombreux troncs noircis, souvenir des incendies ayant ravagé le pays dans les années précédentes. Seules les toujours présentes épilobes venaient apporter une touche de couleur rose éclairant le paysage.

Le côté grandiose du panorama ne pouvait empêcher une certaine monotonie. J’en étais presque à me dire, après quelque quatre heures passées sur une route au revêtement incertain, qu’on payait un peu cher notre envie de Cercle polaire, quand je me souvins que nous allions traverser la Yukon river en franchissant le seul pont le permettant en Alaska.

A dire vrai, avant ce voyage, le fleuve Yukon ne m’avait jamais empêché de dormir. Et, s’agissant de notre escapade du jour, j’avais anticipé ce passage comme une petite distraction sur la route nous conduisant vers l’essentiel.

Plus nous approchions de notre rencontre et plus pourtant je me sentais excitée. Arrivée en haut d’une côte, notre voiture bascula de l’autre côté pour une brutale descente. Nous aperçûmes alors au loin une courbe du grand fleuve aux reflets argentés et j’en éprouvais un véritable frisson.

La traversée sur le long et large pont de bois fut magique. Au point de presque me faire oublier que si nous ne trouvions pas d’essence ici, nous ne pourrions continuer à avancer vers le Cercle qu’avec de grandes chances de tomber en panne au retour, au milieu de nulle part (un risque que nous aurions pris de toute façon, Patrick, sans état d’âme, moi me demandant pour la énième fois comment on faisait pour se trouver si fréquemment dans ce type de situation…)

Le «Yukon river camp» qui se trouvait de l’autre côté du pont distribuait – entre autres services – du carburant. Mais il n’y en avait plus à notre arrivée et, si l’approvisionnement devait se faire dans la journée, la patronne était incapable de nous dire quand précisément. Le temps d’avaler un sandwich BLT (bacon, lettuce and tomato, mon préféré) et l’essence est arrivée. Magique le Yukon !

Les derniers soixante miles ne furent plus qu’une formalité. Arrivés au bout du voyage nous avons retrouvés les trois motards que nous avions croisés tout au long de la route au gré de nos différents arrêts. Eux allaient poursuivre vers le grand Nord. Nous, nous allions avoir la chance de repasser le fleuve.

Le retour fut plus intéressant que prévu. Nous avons eu l’occasion de constater une fois de plus que lorsqu’on prend une route dans un autre sens, elle offre un paysage qui, tout en étant familier, parvient encore à nous surprendre. Ni tout à fait le même, ni tout à fait un autre…

Dalton highway et pipelineSapinsDalton highwaySapins et pipelineSapins et épilobesYukon river 1Yukon river camp 1Yukon river camp 2Cercle arctique

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