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Posts Tagged ‘Cemenelum’

la 8e colline de RomeA gauche : les auteurs, Ugo Bellagamba et Monique Jannet
A droite : l’éditeur enthousiaste, Frédéric Boyer

Les « Rendez-vous avec Cimiez » m’ont donné l’opportunité de faire la connaissance de Monique Jannet, conservateur du Musée et du site archéologiques Nice-Cemenelum.

Aussi, lorsque j’ai appris qu’elle avait participé à la rédaction d’un livre « La 8e colline de Rome », c’est avec grand plaisir que j’ai assisté à sa présentation à la presse dans les jardins du Musée. J’en ai fait une telle pub que, du coup, huit jours plus tard, Patrick a tenu à aller écouter les auteurs qui remettaient ça au petit théâtre du Bocal. Comme ça, pas de jaloux : nous avons chacun notre exemplaire dédicacé.

L’ouvrage, paru aux « Mémoires Millénaires Editions », se présente de manière originale puisqu’il comporte une partie « Science », suivie d’une « Fiction ». Le roman d’Ugo Bellagamba (Maître de conférences à la faculté de droit de Nice) imagine l’arrivée à Cemenelum, dans le plus grand secret, de l’impératrice Cornélie Salonine, dont l’Histoire a perdu la trace à partir de 268, date de l’assassinat de son mari Gallien. L’intrigue donne à l’auteur l’occasion de remonter le temps pour décrire dans son récit la vie qui devait être celle des différents habitants arpentant les pavés et fréquentant les Thermes de Cemenelum à cette époque.

Ce n’est pas par hasard qu’Ugo Bellagamba a choisi la Pia Felix pour héroïne. Elle aurait séjourné quelques années plus tôt, pour se soigner, à Berthemont-les-Bains et, par ailleurs, on a retrouvé une inscription à sa gloire sur le socle d’une statue disparue : « A Cornelia Salonina, sanctissime Augusta, épouse de Gallien notre jeune Auguste, Le Sénat de Cemenelum éleva ce monument, par les soins d’Aurelius Iannarius, homme excellent ». Le piédestal est exposé aujourd’hui dans la salle du Musée archéologique où il côtoie la statue d’Antonia Minor, autre impératrice.

Et c’est là que se trouve, pour partie, l’intérêt du roman : il prend en effet appui sur les dernières découvertes des fouilles du site de Cimiez et la collaboration avec l’équipe du Musée d’archéologie a été constante. C’est pourquoi cette mise en musique est précédée d’un dossier « Science », où, sous la responsabilité de Monique Jannet, l’Histoire avec un grand H de la capitale des Alpes Maritimae nous est décrite.

Il convient de saluer l’éditeur, Frédéric Boyer, qui n’en est pas à son coup d’essai dans cette collection qui unit science et fiction. En effet, il a déjà à son actif la publication de deux romans de Fabrice Anfosso, l’un sur la Préhistoire à partir des gravures de la vallée des Merveilles (« Là où la Terre touche le ciel ») et l’autre sur Nice au Moyen Age prenant appui sur les vestiges trouvés lors des travaux du tramway (« Le manuscrit de la Porte »). Et les projets ne manquent pas…

Je ne vais pas bouder le plaisir que j’ai pris à la lecture de « La 8e colline de Rome » et ne tarderai donc pas à entamer celle des deux autres ouvrages !

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Pour la cinquième édition des « Rendez-vous avec Cimiez », j’ai beaucoup appris de la conférencière du jour, Monique Jannet herself, conservateur du Musée archéologique, qui intervenait sur le thème de « Cemenelum, une cité romaine et mérovingienne éphémère ».

Madame Jannet a d’abord mis l’accent sur l’originalité du site de notre région puisqu’on y trouvait un comptoir grec (Nikaïa) et une cité romaine (Cemenelum). Cette dualité s’est poursuivie jusqu’au Moyen Age avec deux évêchés : Cimiez qui dépendait d’Arles (et par la IMG_1251suite d’Aix) et Nice qui dépendait de Marseille. Prenant appui sur une carte du quartier, elle dessina les contours de ce qui était – on peut le supposer – Cemenelum, une ville vraisemblablement pas très grande mais sans doute plus importante que ne le laissent penser les ruines actuellement mises à jour. En fait, les deux cités devaient être très proches l’une de l’autre, s’enrichissant de leurs différences, l’une tournée vers les hautes vallées alpines, l’autre vers la mer. Elles évolueront différemment au fil du temps puisque la première disparaîtra, ne laissant subsister, dans un paysage rural, que des ruines qui, plus près de nous, firent l’objet de fouilles sauvages.

Il nous faut imaginer l’atmosphère du site avec ses thermes dans les premiers siècles de notre ère : les marbres à l’intérieur, les piscines, les fontaines, il y avait de l’eau partout ; le bruit devait être important, celui des étuves, des bouilloires pour chauffer l’eau des baignoires… Curieusement, je n’avais jamais fait l’effort d’y penser… Je les verrai bien différemment maintenant.

IMG_0035 (2)L’essentiel de l’exposé concernait les résultats des nouvelles études relatives à la datation du site avec son amphithéâtre et ses trois thermes : ceux du Nord, les plus grands, ceux de l’Est, et, ceux de l’Ouest, les plus récents et aussi les plus petits. Vers le milieu du siècle dernier, la datation (faite notamment par Fernand Benoit et Danielle Mouchot) prenait appui sur les différences que l’on pouvait constater dans l’aspect des amas de briques : lorsqu’elles étaient très espacées, on datait du Ier siècle, si elles l’étaient un peu moins du IIe, et lorsque les briques étaient encore plus serrées du IIIe siècle.

Ainsi, on avait pu penser que l’amphithéâtre, construit au 1er siècle, avait été agrandi par la suite au IIIe siècle. On estime aujourd’hui que, si la construction a bien été faite en deux étapes, elles se situent toutes les deux au 1er siècle. La découverte, lors de fouilles plus récentes, dans le frigidarium des Thermes du Nord, d’une statue d’Antonia, mère de Claude (qui régna de 41 à 54 ap. J-C.) a fait se poser la question de cette datation. Une nouvelle approche permet de dater ces thermes du 1er siècle plutôt que du IIIe comme on l’avait fait jusqu’alors. Exit l’histoire des briques. Les autres thermes dateraient du IIe siècle (thermes de l’Est) et du IIIe (thermes de l’Ouest).

On avait dans un premier temps pensé que ces derniers thermes étaient réservés aux femmes. On considère aujourd’hui que c’est peu probable et qu’ils devaient accueillir, à tour de rôle,IMG_1257 des hommes et des femmes (en fonction des jours ou des heures). Ce sont les moins bien conservés car c’est sur leur emplacement qu’a été édifié au Ve siècle un groupe épiscopal comprenant une église cathédrale et un baptistère. Lorsqu’on reconstruit, au Moyen Age, on utilise les constructions déjà existantes. C’est ainsi que les cuves baptismales seront à chaque fois modifiées pour suivre l’évolution de la liturgie en la matière. Et elles seront de plus en plus petites.

Au terme d’un exposé scientifique rigoureux, en prenant la précaution de toujours relativiser IMG_1265les informations données qui progressent au fur et à mesure des fouilles menées et des études réalisées en équipe, Monique Jannet a tenu à rappeler qu’un musée d’archéologie ne peut être quelque chose de figé : on y fait un travail pointu, on y organise également des animations avec des associations, des lycées professionnels… On amène ainsi les jeunes à mieux comprendre l’antiquité.

Le site de Cimiez recèle vraisemblablement encore beaucoup de trésors. IMG_1255Les fouilles doivent se poursuivre. Mais ce n’est pas toujours chose aisée que d’obtenir les autorisations nécessaires… Il le faudrait pourtant, ne serait-ce que pour ressentir des émotions telles que celle que nous a fait partager Madame le conservateur lors de la mise à jour d’anciens pavés romains tellement usés par le passage des hommes qui vécurent ici..

Liens vers les comptes-rendus des précédentes conférences :

Sur la préhistoire
Le comité explore le temps

Sur le projet de restauration du site Cimiez
La restauration programmée de Cemenelum

Sur l’origine médiévale de l’abbaye de Saint Pons
Quand Saint Pons occupait Cimiez

Sur la création et l’évolution de la province des Alpes-Maritimes
L’origine des Alpes-Maritimes

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Ce vendredi 3 avril avait lieu la quatrième conférence des Rendez-vous avec Cimiez organisés par le Comité de quartier et le Musée archéologique de Nice. Elle portait sur la province des Alpes-Maritimes des origines à la fin de l’Antiquité.

N’ayant pu y assister, j’ai demandé à Henri – qui ne l’aurait manquée pour rien au monde – de bien vouloir nous en faire un compte-rendu. Il est reproduit ci-dessous.

La création et l’évolution de la province des Alpes-Maritimes
Par Henri Cottalorda

Stéphane Morabito

Stéphane Morabito

Dans le cadre des « Rendez-vous avec Cimiez », nous avons pu assister à une passionnante conférence de Stéphane Morabito, docteur en Histoire ancienne, sur le thème de « la création et l’évolution de la province des Alpes-Maritimes ». Cette province fut fondée par Auguste, après sa victoire sur les populations locales. Cemenelum, créé à cette occasion, en était la capitale. Nikaia, qui occupait la partie littorale (sur l’actuel Vieux Nice) et qui se trouvait sur le même territoire, à 2,5 km de distance, appartenait, pour des raisons politiques, avec Massilia (Marseille), à la province de Narbonnaise. Régulièrement insérée dans la province des Alpes Maritimae, la localité marseillaise de Nikaia n’en fait pas partie à cette époque (voir la carte ci-dessus).

Par contre la province s’étendait au nord beaucoup plus loin qu’aujourd’hui puisqu’elle englobait les cités de Castellane, Senez, Embrun. Cette dernière devint la capitale des Alpes-Maritimes au IVe siècle provoquant le déclin de Cemenelum et le regroupement de la population sur le site de la colline du château de Nice.

L’orateur développa l’évolution et la formation de cette province, les limites territoriales des différentes cités, la vie municipale des gens qui y résidaient, l’onomastique des populations et des lieux, les voies de communication présentes, en particulier la célèbre via Julia Augusta. A propos des voies de communication, il nous fit remarquer que l’entretien – très coûteux – de celles-ci, est passé assez rapidement de Rome aux « collectivités locales » : rien de nouveau sous le soleil…

Il mit en valeur, à l’aide de schémas, cartes et photos, l’importance des découvertes archéologiques (textes anciens, inscriptions, pierres, bornes milliaires, objets d’époque, monuments…) et la nécessité de continuer, voire d’accroître, l’effort pour développer les fouilles et la recherche, Et cela, surtout à Cimiez car nous ne connaissons qu’un quartier : les thermes et l’amphithéâtre, soit environ un vingtième de la surface.

Comme il le dit avec passion, « il reste beaucoup à découvrir ». A suivre…

Liens vers les comptes-rendus des précédentes conférences :

Sur la préhistoire
Le comité explore le temps

Sur le projet de restauration du site Cimiez
La restauration programmée de Cemenelum

Sur l’origine médiévale de l’abbaye de Saint Pons
Quand Saint Pons occupait Cimiez

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dbm01Monique Jannet et Pierre-Antoine Gatier

Le comité des quartiers de Cimiez-Rimiez-Brancolar-Scudéri-Cdt Gérôme continue à explorer le temps. Mais pas seulement.

En effet, pour la deuxième conférence, toujours en collaboration avec le musée archéologique de Cimiez, le Président Lubrano et son équipe avaient décidé d’inviter Pierre-Antoine Gatier, architecte en chef des monuments historiques et Inspecteur général de ces mêmes monuments. Heureusement que son avion, qui risquait de ne pas pouvoir quitter l’aéroport d’Orly pour cause d’intempéries, a fini par décoller. Pour la plus grande chance de ceux qui sont venus l’écouter parler « du projet de restauration et d’accueil du public » du site archéologique.

Mais avant cela, il fallait faire un petit retour en arrière, un retour sur l’histoire de la redécouverte et des fouilles du site, un « site extraordinaire, fascinant par sa stratification historique ». Parce qu’aux XVIIe et XVIIIe siècles, il n’y avait plus là que des terres agricoles. Et c’est après le rattachement du Comté de Nice à la France que l’amphithéâtre de Cimiez, en même temps que le Trophée de la Turbie, fit l’objet d’un classement aux monuments historiques, l’un des premiers, puisqu’on était en 1865 et que ce type de classement n’existait que depuis 1840. Immédiatement on y fit les premières fouilles (notamment l’architecte niçois, Brun).

Les vestiges les plus importants de la ville antique se trouvaient sur la propriété des Garin de Cocconato autour de leur villa (l’actuel musée Matisse). Les photos que nous avons pu voir, datant du img_0248-2milieu du XIXe siècle, montrent un amphithéâtre en ruine dont l’arène était envahie par les plantations. Une route communale le traversait pour relier Cimiez à Nice. Au début du XXe siècle, sous l’impulsion de Jean-Camille puis Jules Formigé, une restauration globale des arènes est envisagée. Mais en 1923, Edwige, la dernière habitante de la propriété la vend à une société immobilière. La construction d’un lotissement est prévue ce qui fait réagir les sociétés savantes niçoises. Leur mobilisation, relayée à Paris par Jules Formigé, aboutira à l’acquisition de la propriété par la Ville. La villa Garin de Cocconato, à l’origine Palais de Gubernatis, va ainsi devenir la villa des Arènes.

A la fin de la première moitié du XXe siècle, les grands projets de Duval vont projeter Cimiez dans la grande connaissance scientifique : on réalise que les vestiges du site à côté des arènes ne sont pas ceux d’un temple mais ceux d’une vraie ville, Cemenelum, avec ses Thermes. Leur datation fait toujours débat (Ier, IIe ou IIIe siècle). J’ai été surprise d’apprendre qu’une ferme, construite vers 1930 à l’intérieur du grand Frigidarium, n’avait été enlevée qu’en 1977 : je n’en avais gardé aucun souvenir…

On peut apercevoir, sur les différentes photos projetées (Monsieur Gatier a beaucoup insisté sur l’importance de la photographie comme outil d’identification), les diverses restaurations dont l’amphithéâtre a été l’objet (notamment les parties en élévation). De petite taille, il était parfaitement adapté au site : ses constructeurs avaient profité du relief naturel et des affleurements rocheux pour le bâtir. Cette façon de tenir compte de la topographie du lieu pour édifier quelque chose de nouveau, plutôt que de tout raser comme on a eu tendance à le faire à l’époque moderne, mérite d’être signalé.

img_0255La fin de l’intervention de Monsieur Gatier fut consacrée à la restauration dans le cadre du Plan Patrimoine Antique, restauration qui va se dérouler en deux phases. La première sera consacrée à la consolidation des vestiges : c’est ce que l’on appelle une restauration-préservation. Elle devrait débuter rapidement. La seconde consistera à traiter l’ensemble pour en permettre une utilisation contemporaine étant donné que l’amphithéâtre est aujourd’hui un lieu de vie pour les Niçois et doit le rester. Il est envisagé – mais rien n’est acquis pour l’heure – de reprendre l’utilisation de l’époque antique avec des spectateurs tout autour de l’arène et non au milieu comme c’est le cas actuellement. Selon une hypothèse en vogue à l’heure actuelle, l’amphithéâtre aurait été pour partie en bois. Il serait possible de faire une reconstruction en cette matière sur une partie de l’amphithéâtre (ce qui donnerait une idée de ce qu’il pouvait être à l’origine) et d’installer des gradins en bois pour les spectateurs. L’avantage d’une telle formule est que les structures en bois sont réversibles.

img_0035-2Pour le reste du site (les Thermes), le projet a pour objectif, avec le musée archéologique, de mieux le présenter au public, en redéfinissant les parcours d’une façon plus pédagogique. S’agissant d’une ville, il y avait des voies de circulation : il s’agira de les emprunter pour faire la visite sur les pas habitants de l’époque, mais on utilisera en partie des passerelles pour protéger les lieux qui seront accessibles aux personnes à mobilité réduite. Le parcours se terminera au musée qui contiendra des éléments de connaissance et d’interprétation.

Bien sûr, tout est encore à l’état d’études aujourd’hui. Et il est rassurant de constater que ce travail se fait en étroite collaboration entre les archéologues et le service des monuments historiques, ce qui n’a pas toujours été le cas par le passé. Cette collaboration était d’ailleurs parfaitement illustrée par la complicité, sur l’estrade du CEDAC, de Monique Jannet, l’historienne, et de Pierre-Antoine Gatier, l’architecte.

« Les grands Antiques doivent être vivants, mais ils sont fragiles : il faut les protéger », dira ce dernier. Après l’avoir écouté, au terme d’une conférence passionnante et accessible à tous malgré ses aspects parfois techniques, on ne peut qu’acquiescer.

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