Feeds:
Articles
Commentaires

Posts Tagged ‘Bulgarie’

Bulgarie, mon amour

Un passage de frontière dans lequel la Bulgarie se trouve impliquée n’est jamais neutre pour nous. Il faut dire que nous en avons gardé des souvenirs pas toujours (pas souvent) heureux.

Je pense surtout à des épisodes datant d’avant la chute du Mur.

La première fois que nous avions voulu aller en Bulgarie, avec notre ami Luc, nous avions été refoulés sous le prétexte un brin fallacieux qu’une épidémie de choléra sévissait en Italie (dans le sud) et que nous avions traversé ce pays (dans le nord et en une journée). Ayant voulu contourner l’obstacle, nous avions alors décidé de passer par la Grèce pour franchir la frontière : et là ce fut une épidémie de fièvre aphteuse chez les ovins hellènes qui nous fut opposée. Si bien que le premier pays de l’Est que nous avons visité aura finalement été la Roumanie.

Quelques années plus tard, nous avons renouvelé la tentative avec plus de succès (même si ça nous avait coûté très cher en achat de visa et de changement de monnaie), mais c’est à la sortie en direction de la Yougoslavie que les problèmes se sont manifestés puisque, pour une stupide histoire de bons d’essence s’étant terminée en bataille rangée avec les gardes-frontières, nous avions finis par être braqués puis emprisonnés une nuit à la douane bulgare avec les amis qui nous accompagnaient. Interdits de séjour pendant cinq ans, nous avons laissé tomber ce pays qui nous montrait tant d’hostilité jusqu’à la chute du Mur. Sur cette aventure on peut consulter la « travel anecdote » de Patrick Mottard, « Du rififi à Kalotina » narrée en quatre billets…

C’est en 1990 que nous y sommes retournés. À l’époque, c’était un peu le b… partout dans les frontières d’Europe de l’Est. Mais nous avons gardé un merveilleux souvenir du passage entre la Roumanie et la Bulgarie au-dessus du Danube. La situation était telle (nombreux véhicules et mauvaise volonté des douaniers) que nous sommes restés bloqués sur ce pont entre les deux pays toute la nuit. Pourtant, quand nous repensons à ces longues heures surréalistes, nous sommes, encore aujourd’hui, remplis d’émotion. Tous les voyageurs étaient sortis de leurs véhicules et échangeaient entre eux, ceux qui avaient de quoi boire et manger partageaient avec les autres moins prévoyants : ce genre de situation crée forcément des complicités. Nous avions une cassette (et oui…) musicale et nous nous souvenons particulièrement de notre écoute partagée de « Stand by me ». La voix de Ben E. King s’élevant dans la nuit au-dessus du grand fleuve avait une magie qui nous prenait aux tripes à un point tel que c’est devenu notre morceau fétiche. Quelques années plus tard, c’est avec une drôle de sensation que nous avons franchi à nouveau le pont : il n’y avait plus de frontière, Schengen et le traité d’Amsterdam étaient passés par là… et c’était bien.

Eh bien hier, dans l’après-midi, nous avons à nouveau franchi le pont pour quitter la Bulgarie. Croyez-le ou pas, mais la circulation importante (notamment de très nombreux camions ukrainiens dans les deux sens) nous a émus au plus haut point et nous nous sommes mis à chanter, fort et fort mal, la chanson de Ben E. King. Fatalité ou plutôt heureux hasard, au moment où j’écris ces lignes, à Brasov, en Roumanie, la musique dans la salle du petit déjeuner de notre hôtel (des reprises de standards) vient de passer « Stand by me ». Et de penser, une fois de plus, que la musique est formidable qui ponctue nos souvenirs et les charge d’émotion retrouvée.

Plus anodin mais assez singulier, notre passage, un jour plus tôt, de la frontière turco-bulgare. Une frontière peu utilisée par les véhicules particuliers mais beaucoup par les camions (T.I.R.) qui font l’objet de contrôles pointilleux en entrant dans l’UE. Leurs chauffeurs s’arrêtent pour des heures dans une grande cafétéria où ils sont appelés les uns après les autres via un tableau d’affichage lumineux pour le contrôle de leur cargaison. Nous y avons pris un café. J’étais la seule femme au milieu de cette presque centaine de chauffeurs et des membres du personnel. S’ils étaient surpris de me trouver là, ils cachaient bien leur jeu : à aucun moment je ne me suis sentie mal à l’aise. Petit inconvénient vu le niveau de carburant de notre voiture : la seule station-service du coin ne délivrait pas d’essence… Nous avons remédié à cela quelques kilomètres plus loin, en Roumanie. Mais avant, il y eut le passage de la frontière où les douaniers bulgares (ils sont très forts pour ça) ont fait passer notre véhicule dans une zone de désinfection sans oublier de nous soulager de quelques leva au passage (une habitude…)

Avec tout ça, vous devez vous demander ce qui nous pousse à être revenus pour la septième ou huitième fois en Bulgarie. C’est que voyez-vous, nous y avons connu des gens merveilleux devenus par la suite des amis. Il y eut d’abord Raïna et, quelques années plus tard, son mari Pavlin. À partir de 1990, Michel Petkov, son épouse Roumi et leur fille Milena. Alors oui, nous aimons aller en Bulgarie, nous aimons ce pays – nous ne sommes pas rancuniers – même si c’est un amour à sens unique puisqu’il est loin d’être partagé par ses douaniers !

Read Full Post »

Depuis ce matin, nous avons changé de cap. Après un long cheminement Est-Ouest, la Renégade a pris la direction du nord. C’est donc tout naturellement que nous traversons la Bulgarie avec une première étape à Shumen.

Pourquoi Shumen, une ville modeste (la dixième du pays) toujours très impactée par l’abominable architecture soviétique et comme surveillée sur la colline qui la surplombe par une incroyable masse de béton censée représenter l’histoire des fondateurs de la Bulgarie transformés en héros stalinien ?

Tout simplement parce que cette ville a eu quelque temps comme député notre ami Michel Petkov. Michel, social-démocrate responsable, passionné et bienveillant, a payé de 9 ans de prison dans les geôles communistes son amour de la liberté et la fidélité à ses valeurs. Nous l’avons connu juste après la chute du Mur quand, à l’automne de sa vie, sollicité de toutes parts, il entamait une brillante carrière politique en constituant avec Roumi sa femme et Milena sa fille une véritable équipe. Une carrière qui fit de lui un député puis un ambassadeur brillant à Madrid (terre d’exil du roi Simeon) et à Tunis.

À l’époque, nos échanges étaient fréquents et nous l’avions présenté à Edith Cresson alors Première Ministre qui l’avait fait applaudir par tout un congres socialiste. Et comme il aurait pu le dire avec son sourire malicieux, ce n’est pas évident de faire l’unanimité à un congrès socialiste.

Dans le Shumen de 2022, nous nous promenons en nous remémorant le séjour où, quelques semaines avant les élections, il nous avait présenté ses soutiens, principalement de jeunes trentenaires fascinés par son charisme et son optimisme.

Michel nous a quittés trop tôt et nous pensons très fort à lui dans notre hôtel situé juste sous la colline du méga monument stalinien. Un paradoxe qui l’aurait beaucoup fait rire.

Nos tendres pensées à Roumi et à Milena. 

Dominique Boy-Mottard et Patrick Mottard

Read Full Post »

Vendredi, 20 heures. La porte s’ouvre, nous sortons de l’ascenseur. Impossible de ne pas les reconnaître : Michel et Roumi nous attendent dans le hall de l’hôtel et ils n’ont pas changé. Le temps n’a pas eu de prise sur eux malgré les dix-sept années qui nous séparent de notre dernière rencontre. C’était à Madrid : Michel venait d’être nommé ambassadeur et nous étions allés leur rendre visite.

Entre-temps, après Madrid, ils ont vécu à Tunis, et ils sont depuis cinq ans de retour en Bulgarie. Pour de bon. On n’a jamais perdu le contact.

Nous nous installons à la terrasse de l’hôtel, sur la place Alexandre Nevski. Face à nous, le Parlement vient de s’éclairer. Je me souviens de cette journée – c’était en 1990 – lors de laquelle nous avions pu y assister à une séance de l’Assemblée constituante. Michel, député, nous avait fait rencontrer des personnalités politiques importantes de la toute nouvelle démocratie bulgare. Ces hommes-là étaient en train d’écrire l’histoire de leur pays et il le faisait avec une grande modestie mais  aussi beaucoup d’espoir.

Ces souvenirs sont restés gravés dans ma mémoire, comme tous les moments passés là-bas avec nos amis. Nous nous retrouvons sans mal : nous avons l’impression de nous être quittés la veille, même si chacun de nous a pu vivre depuis quelques désillusions sur le plan politique. Michel et Roumi sont restés eux-mêmes, avec leur enthousiasme intact, leur culture, leur francophilie.

Quatre heures plus tard, nous reprenons l’ascenseur. Nous devons nous revoir le lendemain. Mais j’emporte déjà avec moi le sourire de Roumi et le regard si pétillant, si doux, si gai de Michel.

Soirée Sofia 1Soirée Sofia 2Soirée Sofia 3

Read Full Post »

Première soirée en Bulgarie passée dans la petite ville frontière de Ruse. Une très agréable reprise de contact avec ce pays qui, dans l’est de l’Europe, nous est sans doute le plus cher de tous. Léger dîner dans le jardin de l’hôtel, petit tour sur la place Svoboda avant d’aller goûter un repos mérité.

Car la journée a été longue : les douaniers moldaves ont mis bien du temps à nous laisser partir, puis il a fallu traverser une bonne partie de la Roumanie, avant d’arriver à destination.

La frontière bulgare nous a, par le passé, rarement réussi. Qu’il s’agisse de quitter le pays ou d’y arriver, cette barrière-là nous a souvent posé des problèmes (peut-être en parlerai-je ici un jour…).

Ce soir donc, je n’étais pas tranquille. Nous quittions Giurgiu en Roumanie en empruntant un des rares ponts franchissant le Danube pour arriver à Ruse. Pas de ferry cette fois et nous le savions : ce pont entre les deux pays, nous l’avions déjà franchi en 1990. C’était après la chute du Mur, mais il ne nous avait pas fallu moins d’une nuit pour poser le pied en Bulgarie où nous allions retrouver des amis. Cette nuit, nous l’avions passée dans ce no man’s land que constituait le pont sur le grand fleuve au milieu des camions en transit et des rares véhicules individuels. Toute une vie s’était organisée entre compagnons d’attente car il ne servait à rien de s’impatienter : la bureaucratie bulgare n’allait pas disparaître du jour au lendemain et certainement pas de sitôt aux frontières. On déambulait sur l’immense pont, des conversations s’engageaient – le langage des mains était précieux.

A un moment, nous avions décidé de mettre une cassette de Rythm’n’Blues. Plus personne ne parlait et cela avait été un moment magique que d’entendre s’élever dans la nuit noire qui enveloppait le Danube – une nuit éclairée davantage par les phares que par les étoiles – la voix de Ben E. King… Nous étions hors du temps.

Alors ce soir, après avoir franchi sans grande difficulté la douane roumaine et alors que nous commencions à rouler sur le pont, nous avons introduit le CD sur lequel se trouvait « Stand by me ». Emotion garantie. La chanson s’est terminée à notre arrivée à la douane bulgare. Un simple regard sur nos passeports, un « bon voyage » accompagné d’un sourire et nous étions au pays de la rose. Il ne nous avait pas fallu plus de cinq minutes pour franchir une frontière qui nous avait gardés une douzaine d’heures dix-neuf ans plus tôt.

Avec Patrick, nous nous sommes regardés et, en même temps, nous avons prononcé la même phrase : « c’est quand même bien l’Europe ! »

Tout un symbole…

Frontière  Danube 1Frontière Danube 2Frontière Danube 3Frontière Danube 4Danube Plaza HotelRuse - Place Svoboda

Read Full Post »

%d blogueurs aiment cette page :