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Posts Tagged ‘antisémitisme’

dieudonneMarre, mais marre ! Il faudrait que j’arrête la lecture des réseaux sociaux, car en ce moment on atteint des sommets. Et ça me fiche tellement en rogne qu’il faut que je l’écrive. Une fois de plus, ce blog va me servir d’exutoire…

Si l’on veut bien laisser de côté l’inculte de base qui ne cherche même pas à justifier son admiration pour Dieudonné et qui voit du complot juif partout dans le monde, on trouve essentiellement deux types de défenses de l’odieux personnage :
– Il n’est pas antisémite, seulement antisioniste.
– Il ne faut pas porter atteinte à la liberté de création des artistes, après tout, il a un public.

Sur le premier argument, je préfère ne pas m’étendre tant il est devenu banal de tenir des propos antisémites sous couvert d’antisionisme, mais je n’en pense pas moins. En fait, je n’imagine pas un instant que ceux qui tiennent ces propos le font innocemment.

Mais la liberté de création, je me marre ! Disons-le tout net : oui, je suis pour qu’on empêche Dieudonné de tenir ses spectacles. Parce que les condamnations intervenues a posteriori ne servent à rien avec lui : ça ne le gêne pas, il a organisé son insolvabilité. Bien sûr, et cela a été dit, on peut très bien envisager de le poursuivre de ce chef (il risquerait même de la prison), mais, en attendant une décision qui, au gré des voies de recours, pourrait être longue à venir, il continuerait son œuvre nocive.

Certains juristes pensent dès lors qu’on ne peut rien faire : il serait impossible à un maire, au nom du risque pour l’ordre public, d’interdire à « l’artiste » de se produire. S’il est vrai que les composantes classiques de la notion d’ordre public que sont la sécurité, la tranquillité et la salubrité publiques, qui permettent aux maires d’intervenir sont difficiles à invoquer ici, un motif de nature éthique, déjà utilisé en droit pourrait être efficace : l’atteinte à la dignité de la personne humaine.

Cette notion a été mise en évidence par le Conseil constitutionnel dans une décision du 27 juillet 1994 à propos des lois sur la bioéthique. Et elle a été reconnue par le Conseil d’Etat qui a donné une garantie pratique de ce principe dans deux arrêts d’assemblée (la formation la plus large et la plus solennelle de la juridiction) en date du 25 octobre 1995 dans deux affaires concernant des spectacles de « lancer de nain ». Le Conseil d’Etat, censurant les jugements des tribunaux administratifs de Marseille et de Versailles, a donné raison aux maires qui avaient interdit ces spectacles par arrêté, suite à une circulaire du ministère de l’intérieur attirant leur attention sur leur droit d’interdire les manifestations de ce genre sur la base de leurs pouvoirs de police générale.

Ce qui est intéressant dans cette position du Conseil d’Etat, c’est que, contrairement à la notion de « moralité publique » (qui tend d’ailleurs à disparaître des arrêtés des maires), celle de « dignité de la personne humaine » peut être invoquée sans être conditionnée à la justification d’une quelconque considération locale particulière. Par ailleurs, elle est admise par la Cour Européenne des Droits de l’Homme que ne manquera certainement pas de saisir Dieudonné quand il aura épuisé tous les autres recours. Reste à savoir ce que ferait la CEDH dans ce cas particulier.

Qu’on arrête donc de nous bassiner avec la liberté d’expression des artistes. Justement, au nom de cette liberté d’expression, ils ont une responsabilité vis-à-vis du public (un public de plus en plus inquiétant d’ailleurs). On sait ce que sont les textes et les attitudes de Dieudonné lors des représentations qu’il donne, notamment dans le spectacle « Le Mur ». Comme l’a dit Gad Elmaleh, n’importe qui d’autre qu’un artiste tiendrait ces propos (Le Pen par exemple) et tout le monde descendrait dans la rue.

Je me demande d’ailleurs pourquoi je m’évertue à trouver des arguments juridiques susceptibles de justifier qu’on fasse tout pour l’empêcher de nuire. Déformation professionnelle sans doute. Ce mec n’est qu’un salaud d’antisémite. N’en déplaise à Audiard, il n’y a pas que les cons qui osent tout : les salauds aussi.

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Le « débat » portant sur la nouvelle Déclaration de principes vient de se dérouler au sein du Parti socialiste 06.

Ce fut un débat pour rien. Comme le texte a été adopté par le National avant le débat local, ce qu’ont pu dire et faire les militants n’a strictement aucune importance. La base a parlé, discuté, produit des amendements et tout ça a fini au panier de la rue de Solférino. Comme d’habitude dirait Claude François…

Pendant les longues années au PS, je me suis toujours révoltée contre cette illusion de démocratie. Ce n’était pas le cas de la majorité des adhérents : à partir du moment où chacun avait pu placer ce qu’il avait envie de caser, personne ne se préoccupait de voir si, in fine, le texte national reprenait ne serait-ce qu’une infime partie de ce qui avait été proposé par la base.

Aujourd’hui pourtant, je ne peux retenir un Ouf ! de soulagement. Parce que les amendements au texte, envoyés par la fédération du 06, réussissent l’exploit de cumuler pinaillage bête et dérives inquiétantes.

Remplacer l’expression générations nouvelles par générations futures, n’est-ce pas du pinaillage ?

Remplacer «Lutter pour la paix, la sécurité collective, et le co-développement correspond à la vocation internationaliste des socialistes» par «Les socialistes luttent la paix (sic), la sécurité collective et le co-développement conformément à leur vocation internationaliste des socialistes (re-sic)» est-il vraiment plus explicite ?

Remplacer «Il [ le PS ] milite pour un ordre international juste et respecté » par « Il milite pour un ordre international juste et respectueux de tous» est révélateur d’une totale ignorance de ce qui fait la valeur du droit international : ce droit n’est rien s’il n’est pas respecté. Ce qui signifie que l’on doit être prêt, pour lui donner une effectivité, à utiliser des sanctions. Alors que respectueux de tous fait, au mieux, double emploi avec juste, au pire, conduit à considérer que le droit international doit tout respecter, y compris ce qui est injuste et donc pas respectable. Là, on n’est plus tout à fait dans le pinaillage.

Et j’en arrive au plus grave qui, d’après ce qui m’a été rapporté, a donné lieu à de longs débats et qui concerne les articles 14 et 19 de la Déclaration.

Dans le premier de ces articles (article 14), le texte national rappelle que le PS lutte pour l’émancipation des femmes, pour l’égalité entre les hommes et les femmes et combat les atteintes à l’intégrité et à la dignité humaines en raison du sexe ou de l’orientation sexuelle.

L’amendement retenu par la Fédération 06 remplace l’émancipation des femmes par le principe de parité (ce qui est réducteur) et fait carrément disparaître la dernière partie du texte condamnant les atteintes à l’intégrité et à la dignité humaines en raison du sexe ou de l’orientation sexuelle. A la place, on trouve une formulation générale sur l’égalité de droits pour tous, homme, femme et enfant. Pourtant, ce qui est important aujourd’hui, c’est que des atteintes sont portées à l’intégrité et la dignité des femmes en raison de leur sexe (voir le débat qui a eu lieu à propos de la décision du TGI de Lille) et à celle des homosexuels auxquels on refuse toujours une égalité des droits (mariage, adoption). Cet aspect est complètement édulcoré par le texte fédéral.

Dans le second de ces articles (article 19), le texte original précise que le PS «combat la xénophobie, le racisme et l’antisémitisme sous toutes leurs formes». Là encore, localement, on édulcore par la formulation suivante : le PS «combat toutes formes de racisme et de discriminations».

Pour résumer, quelles différences trouve-t-on entre l’original et le texte amendé ?
Dans le texte national, d’une part, on milite pour l’égalité des sexes, en insistant sur l’émancipation et la nécessaire protection des femmes menacées dans leur intégrité et leur dignité, et on se bat contre l’homophobie (article 14). D’autre part, on lutte contre la xénophobie, le racisme et l’antisémitisme (article 19).

Dans le texte amendé, on développe l’égalité des sexes en insistant sur le principe de parité et on abandonne toute référence à la liberté des orientations sexuelles : exit la lutte contre l’homophobie. Et on combat toutes formes de racisme et de discriminations : exit la lutte contre l’antisémitisme.

Toutes ces modifications ne sont pas neutres : insister sur la parité et oublier l’intégrité et la dignité des femmes est révélateur des priorités du combat féministe des socialistes des Alpes-Maritimes. Eviter de parler précisément du respect des orientations sexuelles et de l’antisémitisme en remplaçant ça par une formulation générale («toutes les discriminations») est également révélateur de leurs choix. Certains mots doivent être dits car ce qu’ils représentent ne peut être réduit à des généralités.

Refuser de parler des atteintes à l’intégrité et la dignité des femmes, refuser de parler d’homophobie, refuser de parler d’antisémitisme, moi, ça me fiche la trouille.

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