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Posts Tagged ‘affaire du Carlton’

DSKCertes, je n’ai pas les éléments d’enquête dont disposent les juges. J’ai pourtant toujours eu le sentiment, au vu des faits tels qu’ils nous étaient présentés, que la mise en examen de DSK pour « proxénétisme aggravé en bande organisée » était assez farfelue.

On peut penser ce qu’on veut du bonhomme, on a quand même du mal à l’imaginer à la tête d’un réseau de proxénètes. Participer à des parties fines et fréquenter des prostituées (et DSK prétend de plus avoir ignoré cette qualité de ses partenaires) ne fait pas de celui qui s’y livre un proxénète, de la même manière que ce n’est pas le fait de consommer de la drogue qui fait le dealer.

Petit rappel, pour mémoire, de l’article 225-5 du Code pénal :

Le proxénétisme est le fait, par quiconque, de quelque manière que ce soit :
1° D’aider, d’assister ou de protéger la prostitution d’autrui ;
2° De tirer profit de la prostitution d’autrui, d’en partager les produits ou de recevoir des subsides d’une personne se livrant habituellement à la prostitution ;
3° D’embaucher, d’entraîner ou de détourner une personne en vue de la prostitution ou d’exercer sur elle une pression pour qu’elle se prostitue ou continue à le faire.
Le proxénétisme est puni de sept ans d’emprisonnement et de 150000 euros d’amende.

Il est assez curieux que les magistrats en charge de l’instruction aient pu considérer que DSK s’en était rendu coupable. Et avec la circonstance aggravante de l’avoir fait en bande organisée devant le renvoyer pour crime devant la Cour d’assises…

Aujourd’hui, le Parquet rejoint la défense de Dominique Strauss-Kahn en demandant qu’un non-lieu total soit prononcé et que DSK ne fasse plus l’objet de poursuites dans cette affaire du Carlton (ni pour proxénétisme aggravé, ni pour proxénétisme tout court). Le non-lieu est également requis pour la douzaine des autres personnes mises en examen (dont le fameux Dodo la Saumure), mais uniquement sur la circonstance aggravante de bande organisée. Si le Ministère public est suivi par les juges d’instruction, c’est donc devant le tribunal correctionnel que ces dernières se retrouveront.

Je juge très sévèrement DSK sur un plan moral. Qu’on ne se méprenne pas toutefois : je considère que tant qu’il ne contrevient pas à la loi, un individu peut faire ce qu’il veut de sa vie privée et que ça ne regarde personne. Ce que je ne peux accepter de DSK, c’est qu’il ait eu un tel comportement avec les responsabilités qui étaient les siennes, alors que tant de gens de gauche avaient placé leurs espoirs en lui. C’est aussi cette forme d’arrogance qui lui permettait de penser que sa vie privée n’aurait pas de conséquences sur sa vie publique. Mais tout cela n’en fait pas un délinquant.

Par contre, on dirait bien que, de façon implicite, le Parquet de Lille reproche à l’instruction d’avoir confondu droit et morale.

Bien sûr, les juges d’instruction sont libres de ne pas suivre les conclusions du Parquet et peuvent décider de renvoyer tout ce beau monde devant la Cour d’assises puisqu’ils sont – et c’est heureux – indépendants. Et les magistrats et les jurés pourront alors décider de les condamner ou de les acquitter. Mais il est clair qu’aujourd’hui, la défense de DSK dispose d’un indéniable atout.

Certains ne se priveront sans doute pas d’imaginer que des pressions politiques se sont exercées sur le Parquet dans la mesure où le cordon ombilical entre ses magistrats et l’Exécutif n’a pas encore été coupé. Ce serait oublier que Christiane Taubira, depuis sa nomination comme Garde des Sceaux, s’est refusée à donner quelque instruction que ce soit dans les dossiers particuliers, ce que les magistrats reconnaissent unanimement (et qui les change agréablement des pratiques antérieures !). Et, pour les plus sceptiques, ce serait ignorer que le Procureur de Lille, Frédéric Fèvre, est un homme étiqueté à droite qui a travaillé plusieurs années à la Chancellerie, dans le cabinet de Dominique Perben puis dans celui de Rachida Dati… Ce qui donne peut-être encore plus de poids à ses conclusions.

In fine, d’un point de vue purement pénal, que resterait-il contre DSK si on en arrivait effectivement à un non-lieu ? Plus rien. Pas plus au Sofitel qu’au Carlton… Circulez, y a rien à voir !

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