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Archive for the ‘Politique internationale’ Category

Sarah Palin

Sarah Palin

Quand il s’agit de traiter l’actualité immédiate, la fiction américaine est d’une incroyable efficacité.

Ainsi, cinq années après la campagne présidentielle 2008, la chaîne HBO (très appréciée sur un blog voisin…), nous livre un téléfilm de très grande qualité (Golden Globes 2013) désormais disponible en DVD.

Game change nous narre « l’ascension et la descente aux enfers de Sarah Palin », un document pour le moins ébouriffant sur l’incroyable parcours de Sarah Palin, gouverneur de l’Alaska, pro-life, créationniste, hockey mom autoproclamée et d’une inculture politique abyssale.

Confronté à l’avance d’Obama dans les sondages, le staff de McCain (un candidat républicain tout à fait honorable : rien à voir avec Bush ou même Reagan) s’affole et recrute in extremis Sarah Palin, politicienne inconnue mais dont les positions à l’emporte-pièce et un certain charisme sont censés inverser la tendance.

Très vite, l’équipe de campagne se demande même si cette dame, qui ignore qu’il y a deux Corées, qui pense que la reine d’Angleterre dirige son pays et qui prend des notes quand on lui explique la 2e Guerre mondiale (« les USA contre l’Allemagne et le Japon… je note… c’est top… », dit la dame) , n’a pas des problèmes psychiatriques.

Julianne Moore, dans le rôle de Sarah palinMais c’est une bonne oratrice capable d’improviser autour des obsessions de l’Amérique profonde. Dès lors, toute la stratégie de l’équipe de campagne (tétanisée) va consister à l’éloigner des médias et à attendre en croisant les doigts la défaite annoncée.

Le téléfilm montre les dangers des stratégies électorales uniquement basées sur la communication et la volonté d’épouser les fantasmes d’une supposée majorité silencieuse.

Mais le constat le plus terrible est que ce n’est probablement pas elle qui a provoqué la défaite de McCain. En tout cas, les dernières images de Sarah Palin nous démontrent qu’elle au moins pense le contraire.

Heureusement que, depuis, cette dame a disparu de la scène politique (même en Alaska), qu’Obama a été élu et réélu, que l’honorable John McCain est redevenu un homme politique républicain important et nécessaire à la démocratie américaine.

Voir, sur ce blog, le billet que j’avais écrit le 30 août 2008, à peine rentrée de Denver où la Convention démocrate venait d’investir Barack Obama, après avoir appris le choix de Sarah Palin par John McCain : Sarah Palin, une conservatrice radicale pour la Vice Présidence républicaine.

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Budapest, le Parlement

Budapest, le Parlement (photo DBM 2010)

Dans Libération de ce jour, on reprend le propos tenu hier par Lydia Gall, juriste de Human Rights Watch : « Les changements légaux mis en place par la Hongrie sont en train d’éroder l’Etat de droit, de nuire à la protection des droits humains ».

Et en effet, pas moins de quatre modifications constitutionnelles ont été adoptées en quinze mois par le Parlement hongrois sous le contrôle du Fidesz, le parti de la droite populiste de Viktor Orbán. Depuis 2010, les lois votées vont toutes dans le même sens et elles inquiètent l’Europe. Elles portent atteinte à la justice, aux médias et même à la Cour constitutionnelle (voir sur ce point sur le blog de Patrick Mottard « Big brother aime le goulash« )

Le 21 mai, une nouvelle loi vient étendre un système de surveillance des fonctionnaires mis en place en 2011. L’enquête de sûreté permettant un contrôle au moment du recrutement et renouvelable cinq ans plus tard devient continue pour les fonctionnaires ayant certaines responsabilités (un juge par exemple) et ne sera plus effectuée par la Direction anticorruption mais par les services secrets qui pourront les mettre sur écoute, lire leurs mails, fouiller leur appartement…

Le but affiché est de lutter contre la corruption, mais on ne peut manquer de trouver les moyens employés disproportionnés. C’est ainsi que le questionnaire que doit remplir le fonctionnaire à son embauche demande au candidat s’il a des relations sexuelles hors mariage, ou encore des parents à l’étranger… Quel rapport avec la corruption ?

Bref, on se croirait revenu au bon vieux temps du communisme.

Face aux dernières turpitudes de « notre ami » Orbán que la Hongrie a choisi comme président, il devient urgent que l’Europe ne se contente pas d’être inquiète, mais qu’elle réagisse, de façon plus efficace qu’elle ne l’a fait jusqu’à présent.

Je serais moins choquée qu’on suspende un pays de l’Union Européenne pour une législation qui ne serait pas euro-compatible avec les valeurs démocratiques qui sont les siennes plutôt que par acharnement économique comme on en menace par exemple la Grèce (*) ou Chypre.

Je ne suis pas de celles qui pensent que la démocratie est la valeur ultime. La valeur ultime, ce sont les valeurs démocratiques : quand elles sont bafouées, y compris par une majorité, il faut que celle-ci en assume la responsabilité.

Quelques militants hongrois ont manifesté devant le ministère de l’Intérieur et ont lu à haute voix des passages de 1984 de George Orwell. Ils étaient peu nombreux. Aidons-les avant qu’il ne puisse plus y en avoir du tout.

(*) Le Conseil d’Etat grec vient d’annuler la décision du gouvernement de fermer la radio-télévision publique ERT. Elle sera donc réouverte (de façon transitoire) jusqu’à la mise en place d’un nouvel organisme audiovisuel public.

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Faouzia Maali, Dominique Boy-Mottard, Rajè Mannaï-El Kamel, Inés Hammami

Faouzia Maali, Dominique Boy-Mottard, Rajè El Kamel, Inés Hammami

Quand l’équipe du MUSEAAV m’a proposé d’organiser une soirée dans le cadre des journées de le femme en me donnant « carte blanche », j’ai voulu spontanément parler d’un sujet en rapport avec la situation de la femme en terre d’Islam tant je suis persuadée que c’est là que se joue l’essentiel du combat pour l’émancipation féminine en ce début de siècle. N’en déplaise aux organisations féministes traditionnelles souvent influencées par l’extrême gauche qui continue à flirter avec le relativisme culturel.

Evoquer ce qui se passe en Tunisie m’est apparu alors comme une évidence car ce pays, petit par la taille, si proche de l’Europe et singulièrement de Nice est devenu un symbole après les révolutions arabes. Et aussi parce que la situation de la femme y est, depuis Bourguiba, si singulière par rapport aux autres pays arabes.

C’est pourquoi j’ai tenu à donner la parole à des niçoises franco-tunisiennes pour leur demander leur avis sur ce qui se passe sur l’autre rive de la Méditerranée. Et si la soirée fut, de l’avis général, riche et utile, c’est à ces femmes qu’on le doit.

Il y a eu bien sûr d’abord celles que j’avais voulu avoir près de moi car elles sont représentatives de ces femmes engagées dans la vie de notre cité tout en étant fidèles à leur pays d’origine : Rajè et Faouzia. Rajè, qui a su si bien exprimer sa passion et ses espoirs au moment de la révolution qu’elle ne veut pas qualifier « de Jasmin » cette fleur qui se fane si vite après la cueillette… Faouzia qui, avec des mots simples, a su nous expliquer que sa foi à elle était tout à la fois sincère et incompatible avec l’intégrisme.

Mais il y a eu aussi…

Lilia, mon ancienne étudiante qui travaille aujourd’hui à Tunis et qui, à travers le message qu’elle m’avait transmis, nous a fait part des difficultés et des contradictions du combat des femmes sur place,

Inés, maître de conférences à l’IAE, qui a exprimé sa volonté de ne rien céder et d’affronter directement la normalisation islamiste,

Kenza, avec son triple regard de franco-maroco-tunisienne,

Et les autres…

Et si, après cette soirée, le public est ressorti en ayant l’impression que la situation en Tunisie est préoccupante pour l’avenir des femmes, mais que le combat n’est pas perdu d’avance et qu’il ne fait que commencer, alors, j’ai le sentiment (modeste, très modeste) du devoir accompli.

Interview Dominique Boy-MottardFaouzia Maali, Dominique Boy-Mottard, Sami Cheniti, Rajè MannaïMuseaav, Nice-Tunisie, publicMarie-Jeanne Mavic, chargée de mission Droits des FemmesKenzaAvec un responsable du Museaav

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Dans le cadre des rencontres qu’il organise régulièrement, le Mouvement Européen des Alpes-Maritimes et sa présidente Brigitte Ferrari avaient convié Nicole Fontaine, députée européenne de 1984 à 2002 et présidente du Parlement de 1999 à 2002, à animer une conférence-débat à Cagnes-sur-Mer suite à l’attribution du dernier Nobel de la Paix à l’Union Européenne. A nouveau une soirée intéressante, comme les précédentes auxquelles j’avais déjà eu l’occasion d’assister (voir mes billets sur les conférences ayant eu pour thèmes : L’Europe est-elle vraiment démocratique et Où va l’Europe ?), à laquelle Sami m’accompagnait.

Bien qu’usant toujours d’un ton très mesuré, comme à son habitude, la conférencière a réussi à faire passer dans l’assistance – dont il faut reconnaître qu’elle était déjà bien convaincue – son enthousiasme pour la construction européenne.

Elle ne pouvait dès lors que regretter la faiblesse des réactions ayant suivi en France l’annonce de la remise de ce prix par le comité norvégien qui constituait pourtant un événement considérable. Au contraire – et Mme Fontaine en a été, comme cela avait été mon cas, choquée – nombreux sont ceux qui ont fait preuve à cette occasion d’une mesquinerie qui, pour ma part, m’a indignée. Je ne peux m’empêcher d’espérer que le tir sera rectifié à l’occasion de la remise du Prix le 10 décembre à Oslo lors de laquelle les trois présidents (du Conseil, de la Commission et du Parlement) seront présents ainsi que les vingt-sept chefs d’Etat et de gouvernement des pays de l’UE qui ont tous été invités.

En « Européenne convaincue mais réaliste », la conférencière nous a fait partager ses réflexions sur les actions passées, présentes et à venir d’une Union dont elle aurait préféré, au niveau du symbole, qu’elle continue à s’appeler une Communauté.

S’agissant du passé, son grand regret est lié à l’insuffisance de la valorisation des acquis de la construction européenne. « A chacune des grandes étapes (Maastricht, la monnaie unique…), nous n’avons pas été suffisamment entendus, nous étions trop sur la défensive, alors que le bilan était formidable ». Ce bilan, c’est celui d’une Paix qui dure depuis soixante ans. Que se serait-il passé, après la chute du Mur, s’il n’y avait pas eu l’Europe ? Les alliances anciennes auraient pu se reformer, une troisième guerre mondiale ravager à nouveau le continent. Et, à ce propos, elle trouve que la réunification de la grande famille européenne a été très mal présentée : les peuples n’ont pas été suffisamment associés à ce magnifique projet et du coup, peu d’enthousiasme s’est manifesté. Ce sont pourtant bien tous les pays européens qui ont vocation à rejoindre l’UE, notamment ceux des Balkans.

Pour le présent, j’ai plaisir à l’entendre affirmer qu’au Parlement européen, on porte la conviction que la communauté européenne est avant tout une communauté de valeurs. C’est non sans émotion qu’elle se souvient de ce grand moment où, sous sa présidence, le 5 septembre 2000, Abu Ala, président du Conseil législatif palestinien, et Avraham Burg, président de la Knesset, ont manifesté au sein du Parlement, à Strasbourg, leur soif de paix. C’est au nom de ces mêmes valeurs – et alors que certains s’étonnaient : « mais enfin ! le marché chinois ! » – que, représentant le Parlement européen aux cérémonies du rattachement de Hong-Kong à la Chine, en remplacement du président empêché, elle s’est fait un petit plaisir : après avoir assisté à la cérémonie organisée par les Britanniques, puis à celle anglo-chinoise, elle a boycotté celle du conseil chinois fantoche de la région.

Si Nicole Fontaine nous fait part des avancées positives (comme, par exemple, l’exigence de l’avis conforme du Parlement pour, notamment, la conclusion d’accords entre la communauté et un Etat tiers, qui lui permet de discuter des projets de texte), elle ne passe pas sous silence les faiblesses de la construction européenne.

La première qu’elle relève concerne l’absence de véritable politique étrangère commune : l’UE est trop absente sur la scène internationale (notamment dans le processus de paix au Moyen-Orient). « Elle ne doit pas être seulement un tiroir-caisse ».

La seconde est liée à l’image que l’Europe a laissé donner d’elle. Si elle est mal-aimée, c’est qu’elle a été le bouc émissaire de tout ce qui n’allait pas, de la crise actuelle, par exemple, alors qu’on sait pourtant qu’elle est venue des Etats-Unis et est la conséquence des erreurs de Bush. Elle fait le constat, qui sera partagé par plusieurs des intervenants au débat, du manque de femmes et d’hommes courageux ayant la dimension nécessaire pour faire avancer l’Europe. Et il est vrai qu’il n’y a pas à l’heure actuelle de Robert Schuman. Lui n’aurait jamais demandé de laisser tomber la Grèce… En fait, depuis Jacques Delors, plus personne n’a été capable d’incarner la communauté européenne.

Pourtant, il nous faut trouver le moyen de combattre les extrémismes car, dans tous les pays, on assiste aujourd’hui à un repli nationaliste. Conséquence de la crise : l’exclusion s’est développée et l’on en attribue la faute à l’Europe. Or, il faut avoir conscience que « l’Europe est la solution, pas le problème ».

Il y a des signes d’espoir pour l’avenir : on semble avoir compris en France que l’alliance avec l’Allemagne, essentielle, ne suffisait pas, que nous devions nous tourner vers les peuples du Sud et manifester notre solidarité (avec les Grecs bien sûr, mais aussi les Portugais, les Espagnols, les Italiens). Des hommes sont en train de se révéler comme Mario Draghi, à la tête de la BCE, ou Mario Monti. D’ailleurs, après la Paix, le nouveau challenge de l’Europe, susceptible de mobiliser les citoyens, pourrait être celui de la Solidarité.

Nous devons donc avancer vers la solidarité fédérale : avec la crise, on ne pourra pas s’en sortir tout seul. On est sur le même bateau, et il faut continuer à avancer.

Je retiendrai, pour finir, de son intervention, une citation de Jean Monnet qui, en ces périodes troublées, laisse ouverte la porte de l’espoir : « J’ai toujours pensé que l’Europe se ferait dans les crises, et qu’elle serait la somme des solutions apportées à ces crises ».

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Jean-Marie Cavada

Se réunir entre femmes et hommes d’horizons politiques divers pour débattre de la nécessité d’une Europe fédérale pourrait presque, par les temps qui courent (en fait sensiblement depuis le débat sur la Constitution), passer pour une provocation. Et pourtant, il s’agit bien là d’une impérieuse nécessité.

C’est là le message qu’a tenu à faire passer Jean-Marie Cavada, le nouveau président du Mouvement Européen-France accueilli, à l’occasion d’un dîner-débat, par Brigitte Ferrari et la branche locale du mouvement des Alpes-Maritimes, autour du thème « Où va l’Europe ? ».

Dans son intervention, le député européen a tenu à apporter un éclairage nouveau aux crises que nous traversons qu’il estime à la fois surdimensionnées (elles ne seraient pas si graves) et sous-traitées (on ne parle pas de la réalité de la situation).

Plein de fausses idées circulent sur l’Europe, parce que certains trouvent intérêt à cultiver la peur. Bien sûr, l’endettement public va mal, mais la richesse privée y est extrêmement forte. Et encore, même le total de la dette européenne est inférieur à celle des pays les plus endettés que sont les Etats-Unis ou le Japon. Pourtant, ces derniers ne sont pas attaqués comme le sont les pays européens. Pourquoi ? Parce qu’on ne veut pas regarder le fond du problème : l’Europe souffre d’être une entité dont la signature n’a pas une véritable valeur, l’Europe souffre de son absence de cohérence politique. Quand on dit qu’on va aider la Grèce, il faut attendre plus d’un an avant que cela prenne effet et alors c’est trop tard. L’Europe est malade de son indécision, de sa frilosité à franchir le pas de l’autorité politique. Le budget européen représente une part infime du PIB de l’Europe, sans comparaison avec le budget d’un Etat fédéral (le budget fédéral représente 1/5 du PIB des USA). Pourtant, nous avons absolument besoin d’un gouvernement fédéral chapeautant l’ensemble des activités monétaires et financières (au sens large, incluant le social et le fiscal).

Jean-Marie Cavada avance quelques pistes sur la façon d’organiser le système et j’ai trouvé intéressant – il est vice-président du Nouveau Centre – que certaines d’entre elles rejoignent finalement les idées avancées par l’actuel Président de la République : séparation des activités de dépôt et d’investissement des banques, nécessité d’un plan de relance de l’Europe notamment pour les nouveaux métiers appelés à se développer…

Mais pour cela, il nous faut un gouvernement européen. Le fédéralisme n’est rien d’autre qu’une délégation de compétences. S’il a mauvaise réputation en France, c’est que notre système se révèle souvent incapable de mettre en place des instruments de contrôle quand l’Etat délègue ses compétences (il suffit de voir la faiblesse du contrôle des instances de décentralisation). Dans le cadre d’un gouvernement fédéral, les états délèguent, sous contrôle politique, des compétences parce qu’il y a des choses qu’un Etat est trop faible pour les réaliser seul. Cela concerne les politiques de la défense, de l’énergie, de l’ensemble monétaire et financier, de l’immigration. Sur ce dernier aspect, l’intervenant pense à juste titre qu’il doit y avoir un débat (le sujet n’est pas tabou) et il évoque longuement l’exemple canadien dont l’Europe pourrait s’inspirer.

Le discours de Jean-Marie Cavada est efficace, mais le créateur de « La marche du siècle » n’est jamais aussi bon que lorsqu’il aborde, dans la deuxième partie de son intervention la question de la paix. Nous devons être lucides : nous, Européens, sommes des gens que l’on peut envier, mais nous sommes aussi des gens dont nous devons nous méfier (nous avons fait faire de tels progrès à la barbarie au cours du XXe siècle…). L’Europe humaniste ne peut souffrir aucune résistance, aucune exception : elle doit se battre de toutes ses forces contre la démagogie, le populisme. Par quelque bout qu’on le prenne, l’Europe est notre premier sujet d’avenir : nous ne devons pas être lâches, manquer de détermination.

Et, pour clore son propos, il a tenu à rappeler la correspondance entretenue pendant la première guerre mondiale entre deux écrivains, deux visionnaires, l’un Français, l’autre Autrichien, qui partageaient la conviction qu’un jour, les Européens seraient si fatigués de leurs propres haines qu’ils s’assiéraient autour d’une table pour se mettre d’accord. Le jeune Stefan Zweig sera ainsi sauvé de la dépression par Romain Rolland à propos duquel il aura plus tard cette phrase magnifique : « La conscience parlante de l’Europe est aussi notre conscience ».

Nous ne le savions pas alors, mais le meilleur de la soirée n’était pas là. Pendant notre réunion, François Hollande et ses homologues étaient en train de négocier l’accord sur la croissance sans lequel l’Europe que nous avions appelée de nos vœux aurait été très sérieusement en danger. Au petit matin, mission était accomplie. Bien sûr, tout cela reste fragile, mais c’est suffisant pour nourrir l’espérance des convives du Westminster.

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Et pourtant le T-shirt aurait dû nous mettre sur la piste...

A propos de l’affaire DSK.

Quand il s’agit de transformer l’information en reality show permanent (et bon marché !), les médias français – privés et publics – sont aux premières loges. Même s’il s’agit de faire intervenir des « spécialistes » autoproclamés et de faire tourner en boucle des images et des commentaires en forme de non événement pour faire de l’audimat et du « buzz ».

Par contre, quand il s’agit de relever la relation avérée et démontrée entre le Président Sarkozy et le Directeur du NYPD, il faut attendre des jours et des jours pour qu’un média parallèle (en l’occurrence un article sélectionné par le Plus du Nouvel Observateur) nous informe sur cette proximité pour le moins troublante. Qu’on en juge…

DSK : pourquoi le silence de la presse sur les relations de Sarkozy et du patron du NYPD ?

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Il est de bon ton – surtout à gauche – de critiquer l’Europe, source de tous les maux, cible de toutes les moqueries… Cette Europe qui a eu la monstrueuse prétention de vouloir se doter d’une Constitution !

Et pourtant, quelle est la partie du monde où le niveau de démocratie et de liberté est le mieux assuré ? l’Etat de Droit le plus solide ? la protection sociale la plus élevée ? la peine de mort éradiquée ? Assurément l’Europe.

C’est un peu la raison pour laquelle je souhaitais me rendre depuis plusieurs mois à l’une des manifestations organisées par le Mouvement Européen (lors de sa création en 1948, cet organisme avait notamment, pour Président d’honneur, Léon Blum). Mais, à chaque fois, j’avais une bonne raison pour n’en rien faire, le plus souvent parce que j’étais retenue par des obligations qui me semblaient incontournables. Il en va malheureusement souvent ainsi : on privilégie l’immédiateté à des réflexions plus essentielles.

C’est donc avec enthousiasme que je me suis rendue mercredi soir, dans le cadre de « La fête de l’Europe », à une conférence-débat sur le thème « L’Europe est-elle vraiment démocratique ? » C’est Jean-Luc Sauron, maître des requêtes au Conseil d’Etat, très au fait du fonctionnement des institutions européennes pour les avoir pratiquées, auteur d’ouvrages de référence sur le sujet, qui était au programme.

La dynamique Présidente du Mouvement Européen 06, Brigitte Ferrari, introduisit le sujet, rappelant au passage que l’Europe n’ouvre ses portes qu’à des Etats démocratiques : c’est, en effet, une nécessité pour adhérer à l’UE. Dès lors, pourquoi se poser la question du caractère démocratique de l’Europe ? Parce que cette construction supranationale a entraîné des transferts de compétence et que la question de la légitimité des décisions prises se pose.

C’est cette thématique que le conférencier s’est attaché à développer durant une heure d’un exposé qui a séduit, je pense, celles et ceux qui avaient eu la bonne idée d’être là. Pour ce faire, Jean-Luc Sauron a d’abord mis en évidence le lieu où s’exerce actuellement la réalité du pouvoir au sein de l’UE, à savoir le Conseil européen (qui réunit les chefs d’Etats et de gouvernements) qui, avec la désignation d’un Président, a permis l’émergence d’une véritable gouvernance européenne et laisse moins de place aux autres organes qu’il s’agisse de la Commission – qui, aujourd’hui, n’impulse plus et a surtout un rôle de « facilitateur » de décisions » – ou du Parlement européen – qui souffre, à la fois, de son mode d’élection (dégressif proportionnel : ainsi un parlementaire luxembourgeois représente 40 000 électeurs et un parlementaire allemand 880 000 électeurs…) et de l’éloignement de ses élus, peu connus dans la population.

L’évolution a conduit à une « francisation » du système européen avec un Conseil européen qui est l’équivalent de notre Président de la République et un Conseil des ministres (qui, aujourd’hui, n’a plus aucun rôle moteur) qui peut être rapproché de notre Premier ministre.

Ceci pose le problème du contrôle des décisions prises par les autorités européennes. En fait, pour que le processus soit vraiment démocratique, il faudrait, comme cela est le cas dans les Etats fédéraux ou encore dans la pays anglo-saxons, que la France associe les citoyens (notamment les collectivités territoriales) sur les grands projets. Or, nous le savons bien, ce n’est pas le cas : il n’y a pas de contrôle majeur de ceux qui décident à Bruxelles. Le plus grave réside sans doute dans le processus initié par le Traité d’Amsterdam et confirmé par le Traité de Nice, pour l’élaboration d’un modèle social et économique européen : la MOC (méthode ouverte de coordination). Il s’agit d’un mode de gouvernance souple et flexible dans les domaines où l’UE n’a pas de compétences affirmées : le Conseil européen décide des grandes idées et les Etats membres les mettent en œuvre. Mais l’origine européenne de ces grandes lignes n’apparaît pas, ce qui est grave, car aucun contrôle n’existe.

Après avoir esquissé quelques propositions pour améliorer le système, la parole a été donnée à la salle. Ceci a permis au Vice Président du Mouvement Européen 06 de mettre en évidence la différence qui existe entre la démocratie française et la démocratie européenne : la première est d’opposition, la seconde de consensus, ce qui est souvent, pour nos concitoyens, une source d’incompréhension sur le fonctionnement du système.

Au terme de cette intéressante soirée qui, grâce à la compétence, la pédagogie et… l’humour de Jean-Luc Sauron, a passé bien trop vite, on se dit qu’il y a encore du boulot pour que les Français ne voient plus l’Europe comme une chose extérieure à eux-mêmes, se gouvernant seule. Mais ce jour-là, ils seront vraiment Européens…

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Avec douze points d’avance, c’est une femme qui devient Présidente du Brésil, exactement comme au Chili, quelques années plus tôt. Pas mal pour un sous-continent généralement considéré comme machiste.

Elle succède à un ouvrier, un véritable ouvrier, qui a accompli deux mandats en restant fidèle à ses convictions. Pas mal pour un pays dont on dénonce si facilement les inégalités sociales.

Il est vrai que quelques milliers de kilomètres au nord, il y a trois ans, on avait élu un Noir. Pas mal pour un pays dont on dénonce régulièrement le ségrégationnisme et le racisme.

Et si, avec tout cela, on avait la lucidité de se dire que c’est peut-être notre système politique qui prend un coup de vieux ?

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Je n’avais pas spécialement l’intention de faire un billet sur Liu Xiaobo, prix Nobel de la paix 2010. Mais face au silence assourdissant des Etats occidentaux qui ne veulent surtout pas mettre en danger leurs sacro-saintes relations économiques avec la Chine, face au peu de répercussions médiatiques (rappelez-vous le déchaînement de commentaires l’an dernier pour la consécration d’Obama…), j’ai eu envie de saluer la décision du Comité norvégien et le courage des autorités de son pays dont l’ambassadeur en Chine a illico été convoqué par Pékin.

L’occident a toujours eu une faiblesse que je considère pour ma part comme coupable vis-à-vis du géant asiatique, une fascination quasi exotique pour ce qui n’a jamais été qu’un Etat despotique quels que soient les régimes qui ont présidé à sa destinée. A cet engouement traditionnel, s’ajoutent aujourd’hui les intérêts économiques. C’est que, diable, sa population a quasiment doublé depuis les sept cents millions chantés par Jacques Dutronc en 1966 : un tel marché peut facilement rendre sourd ou aveugle… et muet. Et ses actuels dirigeants se montrent tout à fait disposés à cette ouverture-là, tant qu’on ne les oblige pas à respecter les droits de l’homme. De ce point de vue, ils peuvent être tranquilles tant les pressions exercées sont discrètes.

Pour n’avoir pas voulu fermer les yeux sur les atteintes intolérables aux libertés qui continuent à bâillonner son peuple, Liu Xiaobo a été arrêté en décembre 2008 et condamné à onze ans de prison pour « subversion » (il a activement participé à la Charte 08, une charte qui se contente d’exprimer ce que devraient être les droits de l’homme en Chine). Militant infatigable des droits de l’homme, il avait déjà été condamné à plusieurs reprises, notamment pour sa participation aux manifestations de la place Tian’anmen. Il a également toujours fait partie de ceux qui se sont exprimés pour essayer d’infléchir la politique intraitable du gouvernement de son pays vis-à-vis du Tibet ou du Xinjiang (région ouïghour).

Depuis la décision du comité Nobel, Liu Xia, son épouse, est en résidence surveillée, ceux qui le soutiennent sont harcelés et même arrêtés. Mais il y a malgré tout quelques signes, au sein du gouvernement même, qui montrent qu’une certaine confusion règne et que, peut-être, une légère évolution politique se dessine (le Premier ministre Wen Jiabo plaidait, il y a quinze jours, en faveur d’un développement de la démocratie et de la liberté de parole).

Alors, oui, j’aurais préféré des réactions positives plus audibles de la part des pays européens et de la France (même si l’attribution du prix a été saluée par le président de la Commission de l’UE), qu’on en fasse au moins autant que les dirigeants américains (Barak Obama et Hillary Clinton, eux, se sont exprimés). Remarquez bien, il y a pire, même si ça n’a rien de surprenant : le national populiste président du Vénézuela, Hugo Chavez, s’est empressé d’apporter son soutien au gouvernement chinois.

Le 10 décembre à Oslo aura lieu la cérémonie de remise du prix Nobel de la paix. Les dirigeants occidentaux n’auront même pas besoin de détourner les yeux : Liu Xiaobo ne sera pas là pour le recevoir…

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