Je vole à Patrick l’une de ses idées : celle de tenir sur son blog des rubriques sur lesquelles il revient régulièrement (lieux intimes, mes villes du monde, les pages que j’aurais aimé écrire). Pour moi, il s’agira de me souvenir d’un tableau rencontré dans une ville à l’occasion de la visite d’un musée. Bienvenue donc pour la première étape des « tableaux de ma mémoire ».
C’était il y a bien des années, au retour d’un voyage que nous avions fait en Scandinavie. A la Nsjonalgalleriet d’Oslo, j’ai pu admirer « en vrai » un des plus beaux tableaux du monde : « Le Cri », d’Edvard Munch. Pas très grand ni spécialement mis en valeur par la géographie des lieux, ce tableau fut pour moi, une fois de plus, la révélation que la découverte d’une œuvre archiconnue accrochée à la cimaise d’un musée provoque une émotion inédite qui évacue toute connaissance antérieure de l’œuvre.
Cette crise de panique, dont on dit qu’elle fut celle de l’artiste, a une telle force évocatrice qu’elle aimantait le regard dans une salle où se trouvaient de nombreuses autres œuvres de Munch. Œuvres que j’avais appréciées à l’époque mais qui auraient été balayées de ma mémoire par la puissance du « Cri » si je n’avais pris la précaution, comme à mon habitude, de ramener avec moi leur reproduction en format carte postale.


Quelle bonne idée Dominique, même “volée”.
Je pensais il y a peu à une idée un peu similaire mais qui reste pour l’instant à l’état de “brouillon” cérébral!
Et ton texte m’a permis d’appréhender ce tableau autrement que par le rejet -certainement inconscient- qu’il me procurait jusqu’à présent.
” la révélation que la découverte d’une œuvre archiconnue accrochée à la cimaise d’un musée provoque une émotion inédite qui évacue toute connaissance antérieure de l’œuvre”
C’est une chose à laquelle je n’ai jamais pensé. Sans doute parce que je n’en ai pas l’expérience. Maintenant, ça me rend curieux.
Par ailleurs, tu as eu l’occasion de “sauver Oslo”. Car pour le reste j’ai trouvé la ville très décevante. Me reste la poésie du mot : les courbes et la souplesse des lettres, le claquement et les vagues de la diction, la fraîcheur et la simplicité de la vision.
Dans un moment où beaucoup pataugent dans la fange électorale, il est rafraîchissant de constater que certains élus font passer la culture, l’amour de l’art, de l’humanisme et donc de l’humanité, avant les querelles entretenues par les petites phrases en vogue. Merci pour le choix de vos éditoriaux (à Mme et Mr M.) qui font sortir notre regard du caniveau des gué-guerres partisanes pour l’élever vers des pensées et des réflexions plus honorables.
Tellement réaliste qu’on l’entend presque crier….
[...] Dans la même rubrique, voir Les tableaux de ma mémoire (1) : le Cri d’Oslo [...]
As-tu vu également à Oslo (Galerie Nationale – collections publiques) les oeuvres de Vladimir Velickovic ? Si Much illustre dans “le cri” la souffrance que l’homme s’inflige à lui-même, Velickovic montre, lui, ce que l’homme fait à l’homme. Le travail de cet artiste provoque un véritable choc, émotions garanties.
Non, Noëlle. En tout cas, je n’en ai pas le souvenir : il faut dire que ma visite d’Oslo date d’il y a fort longtemps. Mais je note.