Dans un rapport de 250 pages, la très sérieuse Cour des Comptes passe littéralement à la moulinette la politique sécuritaire du gouvernement depuis 2002, année de l’accession d’un certain Nicolas Sarkozy au poste de ministre de l’Intérieur.
Faisant partie de ceux qui, à gauche, ont toujours considéré qu’il fallait certes combattre cette politique au nom des valeurs républicaines et humanistes, mais aussi et surtout la rejeter pour son manque d ‘efficacité, je suis évidemment rassurée de voir une des plus prestigieuses institutions de l’Etat critiquer « les résultats contrastés » des gouvernements successifs depuis cette date dans la lutte contre la délinquance. Cette formule, au regard de la sévérité du rapport proprement dit fait d’ailleurs office de doux euphémisme.
En effet, tout y passe.
- La fameuse « culture du résultat » est fustigée. C’est ainsi que, pour faire du chiffre, on a interpellé de plus en plus de consommateurs de drogue (+ 76 %), car l’arrestation d’un fumeur de cannabis est une bonne affaire pour les statistiques : un délit constaté, un fait élucidé. Pendant ce temps, les interpellations pour trafic de stupéfiants n’augmentent que de… 8 %.
- Les baisses autoproclamées de la délinquance sont contestées. D’une part, « le calcul n’est pas pertinent en raison de son hétérogénéité », d’autre part, des instructions sont données pour ne pas enregistrer toutes les plaintes (ainsi, en 2009, on refuse d’enregistrer les plaintes de victimes d’escroquerie à la carte bancaire).
- Les forces de police sont quantitativement et qualitativement mal réparties : dans une petite ville de province, les policiers seront nombreux et expérimentés, dans une banlieue difficile, moins nombreux et débutants. Elles sont également mal utilisées : seuls 5,5 % des policiers sont présents à un instant T sur la voie publique.
- Malgré les déclarations et les habiletés statistiques, les effectifs de police ont reculé de 5,5 % de 2003 à 2010 (et ça continue en 2011 avec la diminution du nombre de fonctionnaires) et les polices municipales progressent régulièrement par rapport à la police d’Etat.
- Enfin, le rapport stigmatise le recours excessif à la vidéosurveillance (la Cour ne parle pas, elle, de vidéoprotection, terme souvent utilisé à tort par les responsables politiques). Patrick n’a pas pu résister à écrire un quatrième billet sur ce sujet qui lui tient à cœur.
Dans un département où, à coups de CRP (contrats de responsabilité parentale), de Centres fermés, de caméras et de portiques, on s’inspire trop souvent de cette politique, il serait temps d’engager le débat sur les 250 pages du rapport des Sages de la Cour des Comptes.


trés bonne analyse du rapport merci
Bonjour
Entre le passage Caméra chez PM il parait qu’ici réside les questions de sécurité.
Alors voilà, acteur en commissions de sécurité, je côtoie des élus des pompiers et des représentants de la Police. des quelques mots échangés lors de visites, des quelques mots dans le privé avec une relation employée à des postes nocturnes, de mes visites en hôtels de police dans le cadre de travaux il ressort:
- un sentiment d’abandon des effectifs,
- un manque de moyen,
- une politique du chiffre à l’odeur de manipulation.
Dans le bureau du responsable services techniques travaux, deux autres employés tapent des rapports circonstanciés au sein d’étagères croulantes des années 60 débordants de piles de papiers. Trois personnes donc dans quelques m2 de libres brassent des dossiers et des dossiers au milieu d’objets divers d’entretiens et de sacs de pièces à conviction.
Un entretien avec un officier m’informe de son désarroi devant la politique du chiffre et le manque d’effectifs.
Rappelez vous les sirènes hurlantes des voitures après les élections, intox sur ordre de service, faire du bruit, montrer sa présence.
L’officier est affecté sur remplacement et reprend son service après la réunion, il semble surbooké, stressé, se confie sur sa vie de galère.
Dans les centres de détention circulent allègement drogues et téléphones portables.
En bref, le terme syndrome France Télécom semble également affecter nos forces de l’ordre.