Le « débat » portant sur la nouvelle Déclaration de principes vient de se dérouler au sein du Parti socialiste 06.
Ce fut un débat pour rien. Comme le texte a été adopté par le National avant le débat local, ce qu’ont pu dire et faire les militants n’a strictement aucune importance. La base a parlé, discuté, produit des amendements et tout ça a fini au panier de la rue de Solférino. Comme d’habitude dirait Claude François…
Pendant les longues années au PS, je me suis toujours révoltée contre cette illusion de démocratie. Ce n’était pas le cas de la majorité des adhérents : à partir du moment où chacun avait pu placer ce qu’il avait envie de caser, personne ne se préoccupait de voir si, in fine, le texte national reprenait ne serait-ce qu’une infime partie de ce qui avait été proposé par la base.
Aujourd’hui pourtant, je ne peux retenir un Ouf ! de soulagement. Parce que les amendements au texte, envoyés par la fédération du 06, réussissent l’exploit de cumuler pinaillage bête et dérives inquiétantes.
Remplacer l’expression générations nouvelles par générations futures, n’est-ce pas du pinaillage ?
Remplacer «Lutter pour la paix, la sécurité collective, et le co-développement correspond à la vocation internationaliste des socialistes» par «Les socialistes luttent la paix (sic), la sécurité collective et le co-développement conformément à leur vocation internationaliste des socialistes (re-sic)» est-il vraiment plus explicite ?
Remplacer «Il [ le PS ] milite pour un ordre international juste et respecté » par « Il milite pour un ordre international juste et respectueux de tous» est révélateur d’une totale ignorance de ce qui fait la valeur du droit international : ce droit n’est rien s’il n’est pas respecté. Ce qui signifie que l’on doit être prêt, pour lui donner une effectivité, à utiliser des sanctions. Alors que respectueux de tous fait, au mieux, double emploi avec juste, au pire, conduit à considérer que le droit international doit tout respecter, y compris ce qui est injuste et donc pas respectable. Là, on n’est plus tout à fait dans le pinaillage.
Et j’en arrive au plus grave qui, d’après ce qui m’a été rapporté, a donné lieu à de longs débats et qui concerne les articles 14 et 19 de la Déclaration.
Dans le premier de ces articles (article 14), le texte national rappelle que le PS lutte pour l’émancipation des femmes, pour l’égalité entre les hommes et les femmes et combat les atteintes à l’intégrité et à la dignité humaines en raison du sexe ou de l’orientation sexuelle.
L’amendement retenu par la Fédération 06 remplace l’émancipation des femmes par le principe de parité (ce qui est réducteur) et fait carrément disparaître la dernière partie du texte condamnant les atteintes à l’intégrité et à la dignité humaines en raison du sexe ou de l’orientation sexuelle. A la place, on trouve une formulation générale sur l’égalité de droits pour tous, homme, femme et enfant. Pourtant, ce qui est important aujourd’hui, c’est que des atteintes sont portées à l’intégrité et la dignité des femmes en raison de leur sexe (voir le débat qui a eu lieu à propos de la décision du TGI de Lille) et à celle des homosexuels auxquels on refuse toujours une égalité des droits (mariage, adoption). Cet aspect est complètement édulcoré par le texte fédéral.
Dans le second de ces articles (article 19), le texte original précise que le PS «combat la xénophobie, le racisme et l’antisémitisme sous toutes leurs formes». Là encore, localement, on édulcore par la formulation suivante : le PS «combat toutes formes de racisme et de discriminations».
Pour résumer, quelles différences trouve-t-on entre l’original et le texte amendé ?
Dans le texte national, d’une part, on milite pour l’égalité des sexes, en insistant sur l’émancipation et la nécessaire protection des femmes menacées dans leur intégrité et leur dignité, et on se bat contre l’homophobie (article 14). D’autre part, on lutte contre la xénophobie, le racisme et l’antisémitisme (article 19).
Dans le texte amendé, on développe l’égalité des sexes en insistant sur le principe de parité et on abandonne toute référence à la liberté des orientations sexuelles : exit la lutte contre l’homophobie. Et on combat toutes formes de racisme et de discriminations : exit la lutte contre l’antisémitisme.
Toutes ces modifications ne sont pas neutres : insister sur la parité et oublier l’intégrité et la dignité des femmes est révélateur des priorités du combat féministe des socialistes des Alpes-Maritimes. Eviter de parler précisément du respect des orientations sexuelles et de l’antisémitisme en remplaçant ça par une formulation générale («toutes les discriminations») est également révélateur de leurs choix. Certains mots doivent être dits car ce qu’ils représentent ne peut être réduit à des généralités.
Refuser de parler des atteintes à l’intégrité et la dignité des femmes, refuser de parler d’homophobie, refuser de parler d’antisémitisme, moi, ça me fiche la trouille.


Cela me fait penser au MRAP qui a fait disparaître de son nom toute référence à l’antisémitisme : le “Mouvement contre le Racisme, l’Antisémitisme et pour la Paix” est devenu le “Mouvement contre le Racisme et pour l’Amitié entre les Peuples”.
J’aime beaucoup la première partie de ce billet. J’aime qu’on relève erreurs, fautes de français et absurdités. J’aime qu’on soit exigeant.
En revanche, si je lis “combat toutes formes de racisme et de discriminations”, je comprends qu’on combat aussi l’antisémitisme, et si je lis “principe de parité” je comprends qu’on vise aussi l’émancipation des femmes…
Claudio: sauf qu’on ne le dit pas clairement, et ce genre de “pinaillage” a déjà été utilisé pour justifier le pire: par exemple, aux USA, la ségrégation étaient “justifiée” par le “principe” “égaux mais séparés” (sic): résultat, les noirs avaient accès aux services publics, mais pas avec les blancs, avaient accès à l’emploi, mais pas avec les blancs, avaient accès au logement, mais pas avec les blancs, etc…
Toujours aux USA, des homophobes “pinaillent” sur le sens du terme homophobie et sur la lutte contre les discriminations, dans le seul but de continuer à pourir la vie aux homosexuels, quant au “principe de parité”, il est surtout employé pour défendre l’accès des femmes aux mandats électifs: cause éminemment noble en elle même, mais cela revient à faire l’impasse sur les plafonds de verre, sur les différences en matière de salaire, sur le fait qu’il y a encore beaucoup trop d’hommes qui pensent qu’il est “naturel” qu’une femme gagne moins que sont mari et que maternité et vie professionnelle sont incompatibles.
Laurent t’a parfaitement répondu Claudio. D’ailleurs, à propos de la parité, le texte national en parle dans l’article consacré justement aux responsabilités au sein du parti et aux mandats électifs.
Si tu aimes la première partie, je dois dire que je l’ai grandement épurée car elle ne me semblait guère intéressante ou en tout cas essentielle : sur les fautes de français, erreurs et autres absurdités, il y avait de quoi faire ! Mais j’ai préféré insister sur ce qui me semblait essentiel car ces omissions, faites volontairement (puisqu’elles modifient un texte qui les retenait), elles, ont du sens.
ce que vous relatez est à la fois scandaleux et finalement logique.Il est très à la mode de dire que la shoah c’est un évenement tragique comme la guerre de vendée par exemple mais qu’il n’y a pas lieu de toujours revenir sur un évenement qui d’ailleurs n’a pas touché que les juifs…en fait cela c’est du RÉVISIONISME LIGHT !
Comparer la shoah avec la guerre de Vendée est une invention de l’extrême droite qui en as le quasi-monopole. Elle a heureusement beaucoup de talent pour foirer son propre argument (en prétendant par exemple que les massacres de Vendée -qui ont bel et bien eu lieu- ont fait 1 million de morts: bel “exploit” quand on sait que la région comptait à l’époque entre 600.000 et 800.000 habitants)
Pour recoller au sujet, voici un article (en anglais) sur l’évolution de l’homophobie institutionnelle aux USA:
http://www.salon.com/books/review/2008/06/12/eskridge/
Grâce à toi Laurent, nous allons finir par être imbattables sur la société américaine !
Bah, je suis un peu obligé: à la base, je ne peux parler que de ce que je connais (un peu).
N’empêche, il est intéressant de ce dire que ce qui a donné un coup de pouce à l’homophobie d’état aux USA fut… le Mac Carthysme, et que l’opposition aux mariages gay n’est apparue que lorsque la cour suprême de Washington a définitivement statué que l’interdiction de la sodomie était anti-constitutionnelle (genre: on a pas pu interdire aux homosexuels d’avoir une vie sexuelle, on va donc leur interdire la monogamie: ça c’est de la vision politique “élevée”)
Bravo Laurent pour cette belle analyse!
Le problème Claudio, c’est que cette omission de l’antisémitisme devient trop courante et trop systématique pour qu’on n’y voit pas un souhait réel de faire disparaître ce mot. Maurice pourrait nous en parler des heures….
(quant à l’homophobie, je me rendais moins compte qu’on en était là aussi…ben c’est pas triste)
Ce qui me parait désolant mais aussi très inquiétant, tout comme toi, c’est que les amendements proposés par la fede peuvent avoir 2 grilles de lectures, c’est à dire deux interprétations.
La première, pour reprendre tes propos, serait la bêtise dans un pinaillage qui n’apporterais rien de plus au schmilblik, si ce n’est une perte de temps pour tous les protagonistes s’étant réunis un soir je suppose, et qui auraient peut être mieux fait de rentrer chez eux , plutôt que de passer du temps à pondre des textes parsemés de fautes de français et (presque) vide de sens.
D’autant que, si comme tu le dit, tout finit au panier rue de Solférino, il valait mieux qu’ils passent leur soirée en famille.
Alors si la fédé estime qu’il est utile de perdre du temps pour ça, oui c’est de la bêtise.
Il me revient en mémoire un certain courrier, entre autre, reçut à l’époque par celui qui était encore mon 1er fédéral, me demandant de désavouer Patrick Mottard.
La forme et le style d’écriture étais déjà, comment dire, “baroque”.
C’etait déjà de la bêtise.
La deuxième interprétation que l’on peu faire, ou lire à travers les lignes, c’est tout ce que tu développe par ailleurs, et qui concerne les omissions ou imprécisions quant aux questions d’intégrité, de dignité des femmes, d’orientation sexuelle, d’antisémitisme et d’homophobie.
Cela inquiéte et doit appeler tout les militants à plus de vigilance.
Dans notre belle et riche langue française chaque mot à un sens, et un sens, selon qu’il soit accolé à un tel ou tel mot, qui peu être très lourd.
Mais le pire serait que les deux interprétations n’en soient qu’une seule.
ANTONIN
Excellent