Nous regardons à la télévision sud-africaine les auditions de la Commission Vérité et Réconciliation. Nous sommes au milieu des années 90 : plutôt que de se venger et de régler des comptes, les Sud-africains ont choisi de raconter, d’écouter et de réconcilier. Cette expérience inédite était incroyable d’humanité.
Nous étions d’autant plus surpris que lors de notre premier séjour dans ce pays qui venait de mettre fin à l’apartheid, il nous avait semblé bien difficile que les choses puissent se passer en douceur. Les signes de la discrimination étaient tellement forts. Nulle part, Blancs et Noirs ne se rencontraient. Chez la plupart des Blancs, en ville, la peur était palpable. Leurs maisons étaient le plus souvent transformées en bunkers dans des quartiers où les Noirs ne s’aventuraient pourtant pas (à l’exception du personnel de maison, pléthorique). Nos expériences lors de ce premier séjour conduisaient peu à l’optimisme.
Par le hasard des connaissances, nous avions passé deux jours dans une plantation d’orangers, propriété d’une vieille Afrikaner (un petit bout de femme) qui menait ses affaires d’une main de fer. Elle, elle n’avait peur de rien. Elle nous avait fait visiter ses terres : tout le personnel bien sûr était Noir et elle en parlait comme une mère de ses enfants (« ils ont besoin qu’on s’occupe d’eux »), sans les traiter pour autant comme tels. Ils n’avaient de salariés que le nom puisqu’ils ne voyaient pratiquement jamais la couleur de l’argent qu’ils avaient gagné : ils étaient clients du seul « magasin » existant à des lieues à la ronde… et c’était celui de la propriété. Au moment de la paye, tous les achats avaient été déduits. Le lendemain de notre arrivée chez elle, m’étant réveillée très tôt, je m’étais levée et m’étais retrouvée avec notre hôtesse dans la cuisine. Je n’avais pas encore avalé la première gorgée de café, qu’elle me demanda, avec son accent à couper au couteau, roulant fortement les r : « Do you believe in the human rrrrights ? ». A 6 heures du matin, j’étais quand même encore un peu embrumée et n’avait rien trouvé de mieux à répondre que « Yes, of course ». La réplique fusa, cinglante : « Me, no ». La conversation démarrait mal… Elle n’eut de cesse ensuite d’essayer de me convaincre de l’incapacité de la race noire à se diriger elle-même. J’avais bien tenté quelques réflexions humanistes, mais l’incompréhension était totale. Rien ne pourrait jamais la faire changer d’avis.
L’autre expérience, l’actualité vient de m’y renvoyer. Nous venions d’arriver à Johannesburg et avions entrepris de sillonner un township, celui d’Alexandra. Nous étions conduits par un habitant des lieux et circulions en camionnette. Nous n’avions pas pu aller dans les endroits considérés comme les plus dangereux par notre guide. La criminalité était très forte dans ces quartiers misérables, prêts à s’enflammer. C’est ce qui vient de se passer ces derniers jours et la communauté internationale fait mine d’en être surprise ; on met l’accent sur la xénophobie qui aurait conduit les Sud-africains à s’en prendre aux immigrants venus du Zimbabwe et du Mozambique. C’est vrai que ces immigrants ont été sans doute les plus touchés, mais ils n’ont pas été les seuls puisque la violence inouïe qui a présidé aux expulsions de ceux qui étaient accusés de squatter des cabanes ont également atteint des Sud-africains, ce qui aurait tendance à prouver que les attaques étaient autant xénophobes que crapuleuses. Plusieurs victimes ont raconté que ceux qui les menaçaient s’étaient accaparés leurs biens.
On est bien loin de l’humanité que j’évoquais au début de ce billet et de la Réconciliation qui avait sans doute été rendue possible par la personnalité hors du commun de Nelson Mandela. Mais n’était-ce pas fatal dans un pays qui connaît le manque de logements, la pauvreté, le chômage, qui n’a aucune politique cohérente en matière d’immigration et qui se contente d’arrêter et de rapatrier les illégaux ?
Il serait temps aujourd’hui, pour ce pays comme pour bien d’autres (dans la région, la crise au Zimbabwe est dramatique), que la communauté internationale se mobilise contre la pauvreté comme elle a su le faire, par le passé, contre l’apartheid. Mais la tâche sera rude et ce ne sont pas les actions actuellement menées par les organisations internationales et les gouvernements occidentaux qui permettront d’apporter des solutions efficaces tant faibles sont les moyens mis en œuvre.

Et pourtant l’Afsud reste le phare de cette Afrique si mal partie… Pour parler de la région, je me souviens de nos passages au Zwaziland et surtout au Lesotho en plein coup d’Etat pour comprendre à quel point l’Afsud doit réussir.
(aïe aïe aïe j’avais écrit un com sous “redaction PZ” en ayant oublié de me déconnecter…désolée, heureusement il semblerait qu’il ne soit pas passé.)
je disais simplement que même si je connaissais l’histoire de la dame sudaf, j’avais adoré ce post, parce que ces derniers jours, j’ai été très mal à l’aise devant la quasi-jouissance des médias français à dénoncer la xénophobie des sudafricains…On adore dire que les africains sont racistes (comme tout le monde j’imagine) et ça nous exonère tellement facilement de tout le reste….
Dés les années 60, avec beaucoup de courage, l’écrivain sud-africain, André Brink a dénoncé, l’apartheid . Aujourd’hui avec autant de ténacité et d’humanité ses livres montrent la violence, la misère qui dévorent ce pays . Les dialogues que tu évoques ici semblent sortir d’un de ses livres.
« Do you believe in the human rrrrights ? »
I do NOT believe in human rights: I notice their existence and importance in human life, as I notice the existence and importance of the sun, and therefore choose to fight for them.
Après, bien sûr, je n’ai aucun mérite à penser une telle chose: je suis né et ai grandi à une époque où l’ineptie de la division de l’espèce humaine en races et la perfidie de ceux qui avaient défendu et propagé ce mesonge étaient indiscutablement démontrées